Marchés et économie

Au-dessus de la mêlée : Tenter de comprendre un cycle de marché bizarre

Au-dessus de la mêlée : Tenter de comprendre un cycle de marché bizarre
Points importants à retenir
Récession
1

Nous anticipons une récession depuis un certain temps, mais je crois que l'économie américaine est trop vigoureuse pour qu’elle se produise cette année.

Inflation
2

L'inflation sous-jacente est obstinément élevée, mais je m'attends à ce qu'elle baisse à mesure que l'impact de l'aplatissement des prix des maisons se répercute sur l'indice des prix à la consommation.

Actions
3

Il est difficile de prédire le creux du marché dans ce cycle bizarre, mais je crois que les actions américaines ont touché le fond en octobre 2022.

Si vous exercez le même métier que moi, vous gardez sans doute des adages et des statistiques en banque pour les utiliser chaque fois que l’occasion se présente. Ensuite, vous les répétez dans tous les contextes en espérant que vous ne finirez pas par ressembler aux poneys savants qui se font fustiger dans le segment « And Now This » (Et maintenant ceci) de l’émission Last Week Tonight (Ça s’est passé le même soir la semaine dernière) animée par John Oliver. Ma statistique de référence au cours des douze derniers mois a été la suivante : « Les actions ont progressé de 17 %, en moyenne, sur les périodes de un an qui ont suivi les pics historiques d’inflation ».1

Certes, il y a eu des moments au cours de la dernière année qui ont mis à l’épreuve ma foi dans cette analyse rudimentaire, comme la chute de 9 % de l’indice S&P 500 en septembre.2 Cependant, la culture des « commentaires à chaud » voit d’un mauvais œil les gens qui n’assument pas leurs propos provocateurs. De plus, j’étais persuadé que les cours boursiers allaient monter parce que, bon, c’est habituellement ce qui se produit lorsque l’inflation s’améliore.

En juin 2023, nous étions exactement un an après le pic d’inflation. Le rendement des cours de l’indice S&P 500 s’élevait à +17,6 % entre le début de l’année et la fin du mois dernier!3 J’avais vu juste. Comme dirait John Oliver, c’est « cool ».

Stratégie qui mise sur la simplicité

Commençons par répondre à trois questions simples.

1. À quelle étape du cycle en sommes-nous?

Les prédictions ne sont pas toutes prémonitoires. La récession tant attendue qui tarde à se manifester est un phénomène qui nous échappe. L’économie américaine semble trop vigoureuse pour entrer en récession cette année. Je m’attends à ce que ce cycle se termine comme tous les autres, par un resserrement trop marqué de la politique monétaire. Je ne vois tout simplement pas comment cela pourrait se produire en 2023.

2. Que nous dit le marché sur l'orientation de l'économie?

Croyez-le ou non, l’appétit pour le risque s’est considérablement amélioré au cours du dernier mois. Les actions ont surclassé les obligations.4 Les écarts de taux se sont resserrés.5 L’ampleur de ce renversement de la confiance des investisseurs a toujours signalé une amélioration des attentes de croissance et une amélioration subséquente des données économiques.6 Cela me rappelle la fin de 2022 et le début de 2023, lorsque le rebond des marchés cycliques a, à juste titre, remis en question la notion de récession imminente.

3. Comment réagiront les autorités monétaires?

Procéderont-elles à une autre hausse de taux? Sommes-nous déjà fatigués d’en parler? La Réserve fédérale américaine, après avoir laissé l’inflation sortir du sac, s’est engagée à rétablir sa crédibilité.

À notre avis, nous assistons à l’amorce de placements tactiques qui misent sur la reprise, ce qui favorise les actions de sociétés cycliques, à petite capitalisation et axées sur la valeur. Ces transactions reflètent la résilience de l’économie américaine et les améliorations récentes observées dans divers secteurs. Elles tiennent aussi compte de l’impact résiduel que le resserrement de la politique monétaire aura sur l’économie. En attendant, on saisit les occasions qui se présentent. Que dites-vous de cet autre adage que j’avais en réserve?

Comment avons-nous performé?

Parlant de diminution de l’inflation, revoyons un concept abordé dans l’article d’octobre 2022 de Au-dessus de la mêlée. À l’époque, notre équipe de cracks des mathématiques (bon, je l’avoue, l’équipe c’est moi) a calculé que si l’inflation aux États-Unis restait à son taux courant sur trois mois de 0,3 %7, la variation sur douze mois en pourcentage s’établirait à 3,2 % d’ici juin 2023. Or, l’inflation sur douze mois est maintenant à 3 %.8 C’est presque digne d’un prix Nobel, non?

C’est peut-être un biais de confirmation, mais…

… je m’attends à ce que le taux d’inflation de base, qui demeure obstinément élevée, suive l’indice des prix à la consommation (IPC) à la baisse. Le logement est fortement pondéré au sein de l’IPC de base (qui exclut les aliments et l’énergie), mais malheureusement, les coûts du logement sont calculés d’une manière qui leur fait accuser un retard important sur la situation courante.

Le Bureau of Labor Statistics (BLS) peut sonder les locataires et mettre à jour l’IPC lorsque les prix des loyers changent, mais cela se produit habituellement à l’expiration des baux. À ce moment-là, le BLS nous dit ce que nous savons déjà. Nous savons que les prix des maisons aux États-Unis se sont déjà stabilisés9 et que le marché de la location d’appartements tourne au ralenti.10 Comme le montre le graphique ci-dessous, l’équivalent du loyer pour les propriétaires selon l’IPC a eu tendance à culminer environ 10 à 12 mois après le pic de l’indice national des prix des maisons S&P Case/Shiller. Or, l’indice des prix des maisons a culminé en avril 2022.11 Je vais donc sous-évaluer l’IPC de base dans les mois à venir.

 

Il faut environ un an pour que les tendances des prix des maisons se reflètent dans les données sur l'inflation

Sources : US Bureau of Labor Statistics et S&P Case/Schiller, 31/05/2023 

Vu que vous avez posé la question

Si les actions américaines touchent généralement le fond pendant une récession et que la récession ne s’est pas encore produite, alors pourquoi crois-je que le marché a déjà touché le fond?

Laissez-moi vous expliquer mon raisonnement.

  • Au cours des périodes passées d’hyperinflation (en 1970, 1974, 1980 et, dans une moindre mesure, en 1991), l’inflation a culminé pendant la récession.12
  • Chaque fois, le marché a touché le fond autour du pic d’inflation, qui, encore une fois, s’est produit pendant la récession. 13

Alors, lequel de ces événements fait que le marché touche le fond? Les récessions ou les pics d’inflation? C’est difficile à dire parce que, par le passé, les deux se sont produits simultanément. Cependant, aujourd’hui, nous sommes en présence d’un cycle rare dans lequel l’inflation a culminé depuis un bon moment, mais l’économie n’est toujours pas entrée en récession. La distinction revêt donc plus d’importance.

Devrais-je adopter une attitude baissière simplement parce que dans ce cycle bizarre de COVID, le pic de l’inflation et la récession n’ont pas coïncidé? Je ne crois pas. Notez bien mes paroles, le marché a touché le fond en octobre dernier.

Je vais me consoler en me disant que la chute de 25,4 % de l’indice S&P 500 du sommet au creux, qui s’est produite du 4 janvier au 13 octobre 2022, concorde avec les rendements boursiers associés aux récessions les moins profondes, y compris celles de 1980 et 1991.14

La reine Gertrude d’Hamlet pourrait m’accuser de trop protester, mais je lui répondrais ceci : il y a de la méthode dans ma folie.

Ce qui a été dit

« Personne ne travaille. ‘Donne-le-moi. Envoie-moi de l’argent. Je ne veux pas travailler…’ »

– Bernie Marcus, cofondateur de Home Depot, dans une entrevue accordée à The Financial Times en décembre 2022.

J’entends constamment ce genre de discours. Je m’en offusque personnellement car je suis issu d’une génération dont on disait qu’elle était destinée à rester assise dans des cafés toute la journée à écouter des disques de Nirvana. L’idée que « personne ne veut travailler » a gagné du terrain au début de la période post‑COVID. On lui a même donné un nom : La Grande Démission.

Le problème est que ce n’est tout simplement pas vrai. Le taux de participation de la population active des États-Unis parmi les Américains âgés de 25 à 54 ans est maintenant de 83,5 %, ce qui est plus élevé qu’avant la pandémie et un sommet en plus de 20 ans.15 Parfois, les chiffres nuisent à une bonne histoire. Si vous me cherchez, vous me trouverez en train de terminer la rédaction de ce commentaire dans un Starbucks en écoutant In Utero.

J’aimerais téléphoner à un ami

Vous avez peut-être remarqué que la poussée tant attendue de croissance économique post-COVID en Chine ne s’est pas concrétisée. Que s’est-il passé? J'ai posé la question à David Chao, stratège des marchés mondiaux d'Invesco pour l'Asie-Pacifique. Voici sa réponse :

L’économie chinoise a perdu de son élan en raison de la faible demande des consommateurs et du manque d’investissement privé.16 La poussée initiale des dépenses refoulées des consommateurs chinois à la suite de la réouverture soudaine de l’économie s’est avérée éphémère. La confiance des consommateurs semble avoir été ébranlée par le chômage élevé des jeunes et le marché immobilier qui bat de l’aile.17 Au lieu d’assister à une forte reprise en forme de V alimentée par la consommation, nous entrevoyons plutôt une reprise en forme de U.

Tous les regards sont désormais tournés vers les décideurs politiques. Jusqu’ici, le gouvernement a sciemment refusé de relancer l’économie par le biais d’investissements dans les infrastructures et de soutien au marché immobilier, mais le ralentissement marqué de la croissance ces derniers temps pourrait le contraindre à revenir au bon vieux livre de jeu.

Sur la route

Mes voyages m’ont amené à Kansas City, où mon objectif personnel était de manger un bon barbecue. Ce ne sont pas les bons restos qui manquent à Kansas City, mais j’ai choisi celui que le regretté Anthony Bourdain avait classé comme « l’un des 13 endroits où il faut aller manger avant de mourir ». C’est une recommandation que je n’ai pas prise à la légère. Apparemment, d’autres ont eu la même idée. La file d’attente à 13 h 30 faisait le tour du pâté de maisons, ce qui me confirme que j’ai raison de croire qu’il n’y aura pas de récession en 2023. Quant aux burnt ends sur le barbecue et aux fèves au lard, je n’ai pas été déçu!

Je vous en prie, faites que l’été dure plus longtemps!

Notes de bas de page

  • 1

    Sources : US Bureau of Labor Statistics et Bloomberg, L.P., 30/06/2023. Résultats basés sur les rendements de l'indice S&P 500 au cours des périodes de un an qui ont suivi le pic de l'indice des prix à la consommation. Les dates des pics d'inflation sont février 1970, décembre 1974, mars 1980, décembre 1990 et juillet 2008.

  • 2

    Source : Bloomberg, 30/06/2023. Résultats basés sur les rendements de l'indice S&P 500 en septembre 2022.

  • 3

    Sources : US Bureau of Labor Statistics et Bloomberg, L.P., 30/06/2023. Résultats basés sur les rendements de l'indice S&P 500 de juin 2022 à juin 2023.

  • 4

    Source : Bloomberg, L.P. Tel que représenté par le rendement sur un mois des indices S&P 500 et Bloomberg US Treasury pour la période terminée le 30/06/2023.

  • 5

    Source : Bloomberg L.P., 30/06/2023. Tel que représenté par l’écart corrigé en fonction des clauses optionnelles de l’indice Bloomberg U.S. Corporate Bond.

  • 6

    Sources: Bloomberg, L.P., recherche et calculs de Solutions de placement Invesco, du 1er janvier 1992 au 30 juin 2023. Résultats basés sur les données de l’Indicateur économique avancé mondial, indicateur exclusif et prospectif qui mesure la croissance économique, et de l’indicateur d’appétit pour le risque à l’échelle mondiale, indicateur exclusif qui mesure le goût du risque des marchés.

  • 7

    Source : Bureau of Labor Statistics, 30/06/2023. Résultats basés sur la variation mensuelle moyenne de l’indice américain des prix à la consommation de juillet à septembre 2022.

  • 8

    Source : Bureau of Labor Statistics, 30/06/2023. Résultats basés sur la variation sur douze mois en pourcentage de l’indice des prix à la consommation.

  • 9

    Source : Indice S&P CoreLogic Case-Shiller, 30/06/2023. L'indice national des prix des maisons S&P CoreLogic Case-Shiller a baissé de 0,24 % au cours de la période de un an terminée le 30 juin 2023.

  • 10

    Source : Reis, Inc., 31/03/2023.

  • 11

    Sources : Bureau of Labor Statistics, S&P CoreLogic Case-Shiller et Invesco, 30/06/2023

  • 12

    Sources : US Bureau of Labor Statistics et National Bureau of Economic Research, 30/06/2023

  • 13

    Sources : Bloomberg, L.P., US Bureau of Labor Statistics et National Bureau of Economic Research, 30/06/2023. Résultats basés sur les rendements de l’indice S&P 500.

  • 14

    Source : Bloomberg, L.P., 31/05/2023. Selon les dates de récession telles que définies par le National Bureau of Economic Research : août 1957 à avril 1958, avril 1960 à février 1961, décembre 1969 à novembre 1970, novembre 1973 à mars 1975, janvier à juillet 1980, juillet 1981 à novembre 1982, juillet 1990 à mars 1991, mars à novembre 2001, décembre 2007 à juin 2009 et février à avril 2020. On ignore encore si le 13 octobre 2022 marquera le creux du cycle de marché actuel.

  • 15

    Source : Bureau of Labor Statistics, 30/06/2023.

  • 16

    Source : Bureau national chinois de la statistique, 31/03/2023.

  • 17

    Source : Bloomberg L.P., 30/06/2023