Marchés et économie

Marchés mondiaux : À surveiller en juillet

Marchés mondiaux : À surveiller en juillet
Points importants à retenir
Inflation aux États-Unis
1

La persistance de l’inflation de base demeure la principale préoccupation de la Réserve fédérale américaine. Malheureusement, la croissance relativement forte des salaires l'exacerbe.

Mesures de relance en Chine
2

Nous ne serions pas surpris si la Chine bonifiait ses mesures de relance monétaire et adoptait des mesures de relance budgétaire ciblées, ce qui pourrait être un catalyseur positif pour les marchés boursiers chinois.

Économie européenne
3

Comme on s’attend à d’autres hausses de taux de la Banque centrale européenne, nous allons suivre de près la situation pour voir à quel point l’économie de la zone euro sera résiliente.

Le deuxième trimestre est terminé et quelle période mémorable ce fut.

Les taux obligataires ont augmenté dans de nombreux pays, y compris aux États-Unis. Les actions américaines ont affiché des gains substantiels alors que les tensions sur les banques régionales se sont apaisées. Une cohorte relativement petite de valeurs technologiques a alimenté la reprise du marché boursier américain, malgré la hausse des taux, sous l’impulsion de l’engouement pour l’intelligence artificielle. Les marchés boursiers japonais ont aussi affiché de bons résultats, grâce à l’optimisme des investisseurs à l’égard de l’économie et à la politique monétaire très expansionniste de la Banque du Japon. Les marchés boursiers canadiens et européens ont affiché des gains trimestriels plutôt modestes, tandis que les marchés chinois ont accusé un retard parce que les investisseurs ont été déçus de la remontée des marchés par suite de la réouverture de l’économie.1

Cela soulève la question : à quoi doit-on s’attendre? Voici quelques éléments à surveiller au cours des prochaines semaines qui pourraient nous aider à mieux composer avec la conjoncture boursière.

L’inflation aux États-Unis va-t-elle demeurer obstinément élevée?

Les données de l’indice des prix à la consommation (IPC) des États-Unis seront rendues publiques cette semaine et tous les regards seront tournés vers l’IPC de base (qui exclut les prix des aliments et de l’énergie). La persistance de l’inflation de base demeure la principale préoccupation de la Réserve fédérale américaine (Fed). Malheureusement, la croissance relativement forte des salaires l’exacerbe.

Les marchés vont accorder une importance démesurée à l’IPC, parce que les données seront rendues publiques peu de temps avant la prochaine réunion de la Fed et cela pourrait faire grimper ou baisser les cours boursiers selon qu’elles dépassent ou non les attentes. Cependant, je crois que nous devons prendre du recul et regarder la situation dans son ensemble. Même si le plus récent rapport sur la situation de l’emploi aux États-Unis a fait état de salaires horaires moyens plus élevés que prévu en juin, la croissance des salaires a ralenti au cours de la dernière année et elle devrait encore ralentir vu la diminution de la création d’emplois. En outre, d’autres données indiquent que les pressions inflationnistes sur le secteur tertiaire s’apaisent. Le sondage ISM de juin a révélé que dans l’indice des gestionnaires en approvisionnement du secteur tertiaire, le sous-indice des prix payés a encore chuté à 54,1 points, par rapport à 56,2 points en mai.2 Le taux d’inflation de base a diminué au cours de la dernière année et je suis persuadée qu’il va encore beaucoup diminuer.

Comme je l’ai déjà dit, le processus de désinflation ne sera pas parfait et sera parfois même décevant mais, chose certaine, il est déjà amorcé. Malheureusement, cela ne suffira peut-être pas pour que la Fed poursuive sa pause en juillet. On verra bien.

La Fed procèdera-t-elle à d’autres hausses de taux ou va-t-elle les laisser inchangés en juillet?

Tous les regards sont tournés vers le Federal Open Market Committee (FOMC) pour voir ce qu’il fera le 26 juillet prochain; la plupart anticipent une autre hausse de taux. Je continue d’espérer que la Fed adoptera une attitude plus modérée et prudente et qu’elle maintiendra le statu quo à sa réunion de juillet, d’autant plus que les plus récents sondages menés auprès des consommateurs (à la fois de l’Université du Michigan et de la Fed de New York) montrent que les anticipations d’inflation à court terme ont chuté considérablement et que les anticipations d’inflation à plus long terme sont bien ancrées. En outre, le procès-verbal de la réunion de juin du FOMC a révélé que la plupart de ses membres sont d’avis que le fait de laisser les taux inchangés leur donnerait plus de temps pour évaluer les progrès de l’économie vers les objectifs du comité, à savoir le plein emploi et la stabilité des prix. J’espère qu’ils maintiendront cette perspective à la réunion de juillet, étant donné qu’il n’y aura pas eu beaucoup de nouvelles données à évaluer entre les deux réunions.

Cela étant dit, je dois admettre que j’ai été alarmée par les déclarations de la présidente de la Fed de Dallas, Lorie Logan, la semaine dernière. Elle a déclaré que « certaines personnes disent que l’inflation va diminuer énormément en réaction à l’effet décalé des hausses de taux adoptées par le FOMC au cours de la dernière année et demie », mais elle a ajouté qu’elle « doute que ces hausses de taux vont continuer de faire baisser substantiellement le taux d’inflation. »3

Permettez-moi, en tout respect, d’exprimer mon désaccord. Il y a un énorme décalage entre le moment où les décisions de politique monétaire sont prises et leur incidence sur l’économie réelle, et je crois qu’à ce jour, la majeure partie de l’impact sur l’économie américaine ne s’est pas encore fait sentir. J’espère seulement que très peu de membres du FOMC partagent le point de vue de Mme Logan et qu’ils agiront avec prudence, sachant que le resserrement passé n’a pas encore fini de causer du tort à l’économie.

Comment l'économie européenne pourrait-elle réagir à de nouvelles hausses de taux?

Les sondages PMI de la semaine dernière ont montré une décélération continue de l’économie de la zone euro. L’indice composé PMI a reculé à 49,9 points en juin, contre 52,8 points en mai. L’indice PMI manufacturier s’est fixé à 43,4 points, son plus bas en 37 mois. L’indice PMI du secteur tertiaire s’établit à 52,0 points et se maintient en territoire expansionniste, mais est en forte baisse par rapport aux 55,1 points enregistrés en mai.4 Comme on s’attend à d’autres hausses de taux de la Banque centrale européenne (la semaine dernière, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a répété son mantra, à savoir qu’il reste encore du travail à faire), nous allons suivre de près la situation pour voir à quel point l’économie de la zone euro sera résiliente.

Le plus gros défi de la BCE et des investisseurs sera de savoir comment gérer une économie déséquilibrée, dont le secteur tertiaire est fort, mais le secteur manufacturier est en déclin. Les grandes puissances économiques européennes, en particulier l’Allemagne, mais aussi l’Italie et la France, sont de gros exportateurs de biens. Par conséquent, leur croissance est d’autant plus tributaire à la demande mondiale de biens, notamment celle en provenance de la Chine, des États-Unis ou du Royaume-Uni. Tout compte fait, nous persistons à croire que la BCE va poursuivre ses hausses de taux bellicistes et que le secteur tertiaire va continuer de soutenir l’économie de la zone euro, du moins pour le moment.

Qu’en est-il du Royaume-Uni?

Alors que les États-Unis et la zone euro connaissent un ralentissement de la croissance, une inflation élevée et un marché du travail tendu, le Royaume-Uni est peut-être le pays le plus déconcertant des grandes économies occidentales. Depuis longtemps, presque tout le monde s’attend à ce que la croissance demeure faible; pourtant, la croissance et l’inflation s’avèrent toutes deux beaucoup plus fortes que ce à quoi on aurait pu raisonnablement s’attendre.

Le Royaume-Uni semble bénéficier d’une demande de main-d’œuvre extrêmement forte comme les États-Unis, des pénuries d’offre de main-d’œuvre, en particulier dans les secteurs du tourisme, des loisirs et de l’hôtellerie (probablement en raison du Brexit), ainsi qu’une forte inflation alimentaire et de base. La Banque d’Angleterre a probablement beaucoup plus de travail à faire que les autres grandes banques centrales. Cela sera probablement beaucoup plus favorable à la livre sterling qu’aux gilts britanniques ou à d’autres titres à revenu fixe ou aux actions. L’exemple du Royaume-Uni montre qu’il faut porter plus attention à la situation macroéconomique des pays et se montrer plus sélectifs en matière de répartition géographique de l’actif, car les situations macroéconomiques et les cycles économiques des différents pays sont de plus en plus différenciés.

L’adoption de mesures de relance additionnelles de la Chine ferait-elle grimper les cours boursiers?

Selon le sondage privé PMI Caixin de la Chine du mois de juin, l’indice PMI manufacturier s’établit à 50,5 points et l’indice PMI du secteur tertiaire à 53,9 points, en baisse par rapport à 57,1 points en mai.5 Bien que, techniquement, les deux soient en territoire expansionniste, la croissance a clairement ralenti. De plus, l’inflation est très faible et on note quelques signes de pressions déflationnistes. Nous ne serions pas surpris si la Banque populaire de Chine bonifiait ses mesures de relance monétaire et adoptait des mesures de relance budgétaire ciblées. Cela pourrait être un catalyseur positif pour les marchés boursiers chinois, qui ont été sous pression ces derniers mois.

Pendant combien de temps encore la Banque du Japon pourra-t-elle laisser les taux inchangés?

Les marchés boursiers japonais ont très bien performé cette année, aidés par la politique monétaire très accommodante de la banque centrale. La question est de savoir pendant combien de temps cela pourra encore durer. Je soupçonne qu’elle cela va pouvoir continuer de retarder les hausses de taux étant donné que les anticipations d’inflation à moyen terme restent bien ancrées. Cependant, la Banque du Japon (BdJ) va se réunir à la fin de juillet, ce qui nous donnera une meilleure idée de ce qu’elle prévoit faire sous l’égide de son nouveau gouverneur, Kazuo Ueda, qui a pris la barre il y a quelques mois seulement à titre de premier nouveau gouverneur de la Banque en 10 ans. Même si l’inflation a clairement augmenté, tout comme les salaires, il y a encore de bonnes chances que la BdJ maintienne la politique monétaire la plus accommodante de toutes les grandes banques centrales, car elle veut s’assurer que ce n’est pas une autre fausse aube de l’inflation au Japon.

Qu’est-ce que la période de déclaration des bénéfices va nous révéler?

Le cycle de déclaration des bénéfices du deuxième trimestre va débuter tard cette semaine alors que les banques vont dévoiler leurs résultats trimestriels. De nombreuses entreprises technologiques vont rendre leurs rapports publics plus tard en juillet. Le consensus prévoit une baisse de 7,2 % du bénéfice par action trimestriel de l’indice S&P 500; au 31 mars, on anticipait une diminution de seulement 4,7 %.6 Nous assisterons probablement à une compression des marges bénéficiaires ce trimestre‑ci.

Les prévisions européennes ont été révisées à la baisse ces derniers mois, mais on anticipe une contraction des bénéfices moins forte qu’aux États-Unis. Comme toujours, je vais me concentrer sur les annonces de bénéfices et les résultats prévisionnels de la deuxième moitié de cette année.

Il ne faut pas oublier que les bénéfices vont habituellement en diminuant à ce stade‑ci du cycle économique, mais il faut savoir que la force compensatoire qui soutient les cours boursiers est la baisse des rendements, qui entraîne généralement une augmentation des ratios cours-bénéfice.

Quelle incidence la confiance des investisseurs pourrait-elle avoir sur les actions?

Le sondage sur la confiance des investisseurs de l’American Association of Individual Investors (AAII), habituellement considéré comme un indicateur à contre-courant, évalue le sentiment haussier à 46,39 %, un sommet depuis novembre 2021.7 En règle générale, les pics et les creux du sentiment haussier coïncident étroitement avec les creux et les pics du marché. Par exemple, le sentiment haussier a chuté à 19,22 % en mars, creux de l’année civile, qui a coïncidé avec le début d’une forte reprise.8 Le fort sentiment haussier qui habite les investisseurs en ce moment laisse présager une certaine prudence à court terme de la part des investisseurs tactiques, étant donné que le sentiment haussier semble sur le point de culminer.

Conclusion

Je pourrais comparer la conjoncture actuelle des pays développés occidentaux à un ralentissement anémique en période de plein emploi, un peu comme la reprise anémique accompagnée d’un taux de chômage élevé après la crise financière mondiale. Il faut s’attendre à des rebondissements pendant que l’inflation va diminuer et que la croissance va ralentir, alors nous allons suivre de près l’évolution de la situation. Dans ce contexte, nous préférons diversifier nos placements entre les actions, les titres à revenu fixe et les placements alternatifs, mais aussi sur le plan géographique, puisque les cycles économiques sont de plus en plus différenciés.

Rédigé en collaboration avec Arnab Das

Notes de bas de page

  • 1

    Source : MSCI, basé sur les indices MSCI États-Unis, MSCI Europe, MSCI Canada, MSCI Chine, MSCI Japon et MSCI Royaume-Uni, au 30 juin 2023.

  • 2

    Source : Institute for Supply Management, au 6 juillet 2023

  • 3

    Source : Réserve fédérale de Dallas, transcription du discours, 6 juillet 2023

  • 4

    Source : Indice PMI S&P Global HCOB, au 3 et au 5 juillet 2023

  • 5

    Source : Caixin Global, au 5 juillet 2023

  • 6

    Source: FactSet Earnings Insight, au 7 juillet 2023

  • 7

    Source : American Association of Individual Investors, au 5 juillet 2023

  • 8

    Source : Bloomberg. L'indice S&P 500 est passé de 3 891 points pendant la semaine du 16 mars à 4 446 points pendant la semaine du 6 juillet.