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Des cadres financiers pour des possibilités futures

Des cadres financiers pour des possibilités futures

Comment faire en sorte que le ralentissement de la croissance et que l’allongement de la durée de vie ne concourent pas à un appauvrissement généralisé ?

Nous vivons désormais plus longtemps et il est communément admis que les jeunes travailleurs consacreront une part croissance de leurs revenus à aider les autres, alors même qu’il leur faudra épargner davantage pour pourvoir à leurs besoins lors de leurs vieux jours. L’âge de la retraite a augmenté dans de nombreux pays développés mais rares sont ceux qui souhaitent travailler après 70 ans. Travailler plus longtemps, dépenser moins, épargner plus, le tout avec un matelas de sécurité de plus en plus fin : ce n’est pas une perspective très réjouissante. Existe-t-il une alternative ?

Du fardeau à l’atout

Pour commencer, il faut redéfinir les concepts de travail et de retraite, affirme Andrew Scott, professeur d’économie à la London Business School. Il explique qu’étirer le parcours scolaire, allonger la durée de travail et repousser l’âge de la retraite comme s’il s’agissait de blocs monolithiques ne fonctionnera pas « car si vous vivez jusqu’à 100 ans, cela signifie que vous travaillerez 60 ans et c’est une perspective particulièrement triste ».

Abandonner le concept d’âge anticipé de départ à la retraite permettrait de prendre en compte les différences individuelles, de donner la possibilité aux gens qui le souhaitent de travailler plus longtemps. Plus personne ne serait obligé de travailler plus longtemps par nécessité. À terme, cela permettrait de résoudre le problème.

Cela a déjà commencé à modifier l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, comme le montre la plus grande diversité parmi les gens à la retraite. Dans l’Union européenne, quand bien même la tendance à l’augmentation de l’âge de la retraite, nombreux sont ceux qui continuent à travailler à temps partiel pour leur compte1. Par ailleurs, on observe une tendance à la flexibilité des âges de départ à la retraite dans les pays développés2.

La croissance du taux d'emploi des travailleurs âgés a été forte (Variation du taux d'emploi, 2000-2016, points de pourcentage)
Growth of employment rates of older workers has been strong (Change in employment rates, 2000-2016, percentage points)

La pandémie de covid-19 a donné aux gens l’opportunité de se réorienter professionnellement, de travailler avec davantage de flexibilité et de naviguer entre entrepreneuriat, travail associatif et éducation. C’est là quelque chose d’attrayant et, sans doute, nécessaire. « À défaut, explique M. Scott, ce sera une perte de temps terrible car il y a fort à parier que ce que vous apprenez à 20 ans ne vous servira plus lorsque vous aurez 70 ou 80 ans ».

Jim Pugh, co-fondateur du Universal Income Project, partage ce constat et se demande, « Est-ce que vivre plus longtemps signifie uniquement vivre plus vieux ? Ou cela signifie-t-il être productif plus longtemps ? » Si les gens sont actifs plus longtemps, le vieillissement démographique ne représente plus un fardeau mais un atout.

Place aux fondamentaux ?

Une solution a été proposée et essayée dans plusieurs pays, de la Finlande au Kenya : le revenu de base universel (RBU). Il s’agit d’une allocation publique versée à tous les citoyens et qui garantit un niveau minimum de subsistance. Les partisans du RBU estiment que cela créerait une infrastructure qui permettrait aux gens d’être plus productifs et d’apporter une véritable contribution à la société. Or, c’est précisément ce que visent ceux qui parlent de changements à grande échelle et de la durée de vie des gens.

Toutefois, le RBU coûte cher. M. Pugh estime que le montant total des allocations annuelles serait d’environ 3-4 milliards de dollars US si l’on donnait à chaque adulte 1000 dollars par mois et 250 dollars pour chaque enfant,  « ce qui constitue vraiment le minimum vital », explique-t-il.

On pourrait financer ce système au moyen d’une taxe au titre de laquelle les personnes percevant un salaire restitueraient une partie de leur revenu de base, jusqu’à la totalité dans le cas où leurs revenus équivaudraient à quatre fois le seuil de pauvreté. Cela pourrait réduire le coût total du programme par trois ou quatre, d’après Jim Pugh. Appliquer des taux d’impôt sur le revenu équivalent à ceux qui étaient en vigueur avant la présidence de Ronald Reagan aux États-Unis permettrait de financer le coût résiduel du revenu de base universel.

Rosalind Altmann, experte des retraites et membre de la Chambre des Lords du Royaume-Uni reconnait que le RBU est un outil formidable pour réduire les inégalités mais se demande qui fixerait le niveau et si les responsables politiques ne seraient pas tentés de l’ajuster pour certains groupes. Cela pourrait concourir à reproduire les mêmes problèmes que ceux que nous observons dans le système actuel d’aide sociale. « Certaines personnes dépenseront la totalité de leur revenu et la société ne voudra pas les laisser sans le sou. D’autres auront la folie des grandeurs, et ainsi de suite.

Le potentiel redistributif du revenu de base universel reste un mystère pour l’instant. La Finlande est le seul pays qui a mis en place un projet-pilote expérimentant le revenu de base à l’échelle nationale. Le cabinet de conseil McKinsey a conclu que rien ou presque ne permettait de plaider pour ou contre le RBU.3

Certains observateurs, plus optimistes, balayent les craintes de Rosalind Altmann et considèrent que le RBU, comme l’intelligence artificielle, permettra à chacun d’exprimer son plein potentiel et sa créativité, au lieu de n’être qu’un simple rouage de la machine. 

La mère de l’invention

Le coût du RBU est pharaonique, mais M. Pugh explique que la façon dont les sociétés s’adaptent pour faire face à la pandémie de covid-19 pourrait catalyser le changement. « À chaque fois que nous traversons une crise comme celle-ci, les gens se remettent en question ».

Il pense que la transformation technologique pourrait servir de catalyseur à ce changement. « Nous sommes en train de découvrir un mode de fonctionnement plus efficient », explique-t-il. « La plupart des innovations technologiques permettent de faire plus avec moins. Par conséquent, quand bien même les gens travailleraient moins au cours de leur vie, ils seraient assez productifs ».

Toutefois, nous ne fonctionnons pas comme cela actuellement. La croissance est l’alpha et l’oméga de toute chose : si le PIB ne progresse pas d’une année à l’autre, cela fait les gros titres; si les bénéfices diminuent, les investisseurs se font la malle. Dès lors, répondre à ces besoins revient implicitement à remettre en question le modèle économique existant. À tout le moins, comme l’explique Rosalind Altmann, « cela nécessite de planifier sur le long terme, ce qui est incompatible avec les programmes politiques court-termistes ».

Planification de patrimoine

Si les gouvernements ne s’attaquent pas à ces défis de long terme, comment l’individu peut-il planifier ses finances ? L’intelligence artificielle joue un rôle de plus en plus important en matière de gestion de patrimoine et de gestion d’actifs, mais il s’agit moins d’opposer l’humain à la machine et que de les faire collaborer plus efficacement et plus rapidement. Pour les retraites et les autres prestations de conseil financier, le facteur humain et le choix resteront essentiels. La vie étant de plus en plus compliquée, les gens auront besoin de conseils de plus en plus élaborés.

Que feront-ils des conseils qui leur seront prodigués ? Paul Jackson, directeur monde de la recherche en allocation d’actifs chez Invesco et auteur de The 21st Century Portfolio, estime que cela dépendra de quatre facteurs clés : la faiblesse des taux obligataires, l’évolution démographique, le changement climatique et l’innovation technologique. « Par exemple, la faiblesse des taux obligataires a une incidence sur l’âge auquel nous partons à la retraite et sur la vie que nous menons par la suite », explique-t-il. « Vendre des actifs vous permet de percevoir des revenus supérieurs à ceux que vous garantirait votre indemnité de retraite en temps normal ».

Joachim Klement, directeur de la stratégie au sein de la banque d’investissement Liberum Capital, confirme que les taux obligataires sont voués à « rester bas », mais il estime qu’élaborer une stratégie alternative en fonction des tendances démographiques est « quasiment impossible ». Il explique que les « changements démographiques se produisent très lentement. Ce sont des tendances qui s’étendent sur 20 ou 30 ans mais qui sont parsemées d’évènements tous les trois, quatre ou cinq ans. Dans ce contexte, les investisseurs s’efforcent de surveiller des signaux qui sont cinq fois moins perceptibles que le bruit du marché ».

Toutefois, la société vieillit. Pour Rosalind Altmann, cela crée de nouveaux besoins pour les personnes âgées, que ce soit pour des services à la personne (santé physique ou mentale, exercice physique, soins de beauté et de la peau) ou des services financiers. Elle cite par exemple les crédits immobiliers pour les retraités qui perçoivent une indemnité de retraite qui compense la perte des revenus de travail. Toutefois, ces produits coûtent plus cher que les autres produits disponibles sur le marché, explique-t-elle, avant de poursuivre « et je crois qu’ils ne tiennent pas compte du risque moindre couru avec les emprunteurs âgés par rapport aux emprunteurs plus jeunes ».

Comme le disait Mark Twain, « la prédiction est un art difficile surtout lorsqu'elle concerne l'avenir ». Nous assistons toutefois à l’émergence de catalyseurs majeurs, comme le vieillissement démographique, le changement climatique et la révolution technologique. Il nous reste à convertir cela en passerelles financières vers une existence plus longue, mais pas moins agréable.

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  • Ce contenu est publié en France par Invesco Management S.A., President Building, 37A Avenue JF Kennedy, L-1855 Luxembourg, réglementé par la Commission de Surveillance du Secteur Financier, Luxembourg.