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Élargir l’exposition au crédit Investment Grade ? L’avis des spécialistes Invesco

Vue d’ensemble – Allocation mondiale d’actifs

Introduction

Les taux de croissance mondiaux marquent clairement le pas, l’inflation élevée semble atteindre un pic et la tension se fait déjà bien plus palpable sur les marchés. Le risque de récession et d’impair politique est bien là, et il grandit. Dans un tel contexte, les actifs défensifs tels que le crédit Investment Grade paraissent intéressants. Rien d’étonnant donc aux flux observés sur la classe d’actifs ces derniers mois. 

D’autres facteurs entrent toutefois en jeu. Après une vente massive d’obligations en 2022, les obligations d’entreprises Investment Grade présentent désormais un profil de revenu intéressant avec des valorisations attractives pour la première fois depuis la crise financière mondiale. Et les investisseurs n’ont pas à prendre trop de risque de crédit pour s’exposer à celles-ci, les entreprises ayant abordé la période avec des bilans raisonnablement solides.

Je me suis entretenue avec trois de nos spécialistes de l’obligataire Investment Grade concernant cet intérêt croissant pour la classe d’actifs. Voici le fruit de ces échanges, notamment des réponses à certaines questions qui occupent actuellement l’esprit des clients, de la politique monétaire à l’intégration de critères ESG et bien d’autres sujets encore. 

Nos spécialistes de l’obligataire

L’attrait du crédit IG en 2023

Joseline Hobson – L’année 2022 n’a été semblable à aucune autre. Mike, comment voyez-vous les choses pour l’année à venir ?

Mike Matthews – Oui, en effet. Pour le crédit Investment Grade, 2022 a été la pire année depuis la création de la plupart des indices. C’est aussi la première fois que les performances sont négatives sur deux années consécutives. Les banques centrales ont toutefois pris des mesures pour maîtriser l’inflation et les marchés ont durement corrigé. Les perspectives de la classe d’actifs nous semblent donc beaucoup plus positives en 2023 – c’est également l’avis de Lyndon et Paul.

Lyndon Man – Oui, tout à fait. Après la vente massive d’obligations l’année dernière, les rendements et les valorisations offrent à présent un profil des plus attractifs, qui n’avait plus été observé depuis un bon moment. L’investisseur qui veut s’assurer un flux de revenu intéressant en termes réels n’a plus besoin de recourir aux classes d’actifs plus volatiles telles que les actions. Pour le dire autrement, le « revenu fixe » (traduction de fixed income) porte à nouveau bien son nom : il génère du revenu. 

Joseline Hobson – Merci, Lyndon. Oui, c’est un retournement vraiment intéressant. Après avoir cherché à atteindre leurs objectifs en migrant vers les actions et les actifs illiquides, les investisseurs se sont aperçus que l’univers Investment Grade mondial génère en fait un revenu supérieur au rendement sur dividende des actions mondiales1. Paul, pouvez-vous nous parler des flux de capitaux vers le segment ? L’impact de ce retournement se reflète-t-il dans les données ?

Paul Syms – Je dirais que oui. Après la hausse des rendements, l’afflux de capitaux a repris sur les ETF obligataires au second semestre 2022, Surtout au quatrième trimestre, où ils ont attiré 11,15 milliards d’euros nets. Cela représente plus de 40 % de l’afflux total net sur l’ensemble de l’année. Si la préférence est allée aux obligations souveraines plus tôt dans l’année, le crédit Investment Grade s’est taillé la part du gâteau au quatrième trimestre, 60 % des entrées nettes de capitaux allant aux ETF obligataires.

Figure 1. Flux des ETF obligataires, par thématique (quatrième trimestre)

Source : Invesco.

Joseline Hobson – Diriez-vous que cela marque le début d’un retournement ? Vous savez qu’en 2022, les ETF d’obligations souveraines ont attiré des flux importants, alors que les rendements grimpaient. Une préférence pour l’obligataire est-elle en train de l’emporter ?

Paul Syms – Bonne question. Vous voyez, avec la récession qui se profile cette année, les obligations souveraines devraient en principe bien se comporter. Mais oui, maintenant, nous pensons bien que 2023 pourrait être l’année de l’obligataire – on commence déjà à le voir dans les données sur les flux. Ce qu’il faut souligner, c’est que deux déclencheurs clés sont susceptibles d’un peu plus pousser les investisseurs de la dette souveraine vers celle des entreprises, et nous allons surveiller ces deux éléments de près. Le premier est la transition des banques centrales de la lutte contre l’inflation à la promotion de la croissance. Le second est un creusement des écarts de taux suffisant pour correctement rétribuer le surcroît de risque.

Joseline Hobson – Paul, le marché donne-t-il de quelconques indications sur le timing de ces deux développements ? Cela fait un moment que clients et investisseurs se demandent quand la Réserve fédérale américaine va changer de pied.

Paul Syms – En ce qui concerne le premier point, nous ne savons pas exactement quand la Fed mettra un terme aux relèvements de taux mais cela dépendra vraisemblablement de l’inflation. Donc, tout signe d’amélioration de ce côté pourrait infléchir l’appétence au risque des investisseurs.
 

Future politique monétaire : quid de l’impact sur l’obligataire IG ?

Joseline Hobson – Nous venons d’aborder l’inflation, les taux d’intérêt et le timing du changement de pied de la Fed. On peut difficilement faire autrement, tant les perspectives pour les obligations sont étroitement liées à celles de la politique monétaire. Lyndon, Paul a relevé que les signes clés à surveiller sont le ralentissement ou la baisse de l’inflation. Observez-vous les premières manifestations de tels signes ?

Lyndon Man – Il est clairement trop tôt pour que les banques centrales crient victoire face à l’inflation. On voit néanmoins des premiers signes suggérant un pic à court terme, et les indicateurs à long terme se sont apaisés. Cela laisse entrevoir une position moins difficile pour les autorités en 2023, de nouveaux relèvements de taux étant moins nécessaires. Qui plus est, les récents commentaires de différentes banques centrales vont selon moi en ce sens.

Joseline Hobson – Merci, Lyndon. Mike, j’aimerais savoir ce que vous en pensez. Partagez-vous la vision de Lyndon ?

Mike Matthews – Je suis d’accord pour dire que les banques centrales ne peuvent pas sonner la victoire. C’est trop tôt. En ce début 2023, l’inflation reste élevée et elles n’en ont selon moi pas encore fini avec les relèvements de taux. Cela dit, mon équipe et moi-même pensons bien, tout comme Lyndon, que l’inflation a probablement atteint un pic aux États-Unis et au Royaume-Uni. Quant à ce que cela signifie pour les marchés, je pense qu’ils pourraient commencer à prédire une baisse des taux d’ici 12 à 18 mois.

Joseline Hobson – Merci, Mike. J’ai largement couvert les opportunités qui existent actuellement dans l’univers de l’obligataire IG, et Paul a souligné combien un pivot de la Fed appuierait cette tendance. Lyndon, pouvez-vous développer ?

Lyndon Man – Bien sûr. Comme l’a suggéré Paul, un assouplissement des positions des banques centrales bénéficierait à l’obligataire. Les craintes de récession ont considérablement creusé les écarts de taux en 2022 et ils excèdent maintenant largement les moyennes à long terme. On pourrait s’attendre à une marche arrière une fois le point bas de l’économie mondiale dépassé et celle-ci à nouveau sur la voie de la croissance. 

Dans ce cas de figure, les écarts de valorisation et l’inflation devraient se contracter, et les obligations d’entreprises se faire selon nous plus attractives sur un horizon de moyen à long terme. Et même si les taux souverains et/ou les écarts de taux demeurent inchangés ou augmentent encore un peu, les niveaux de revenus générés (« portage ») offrent une protection substantielle pour la performance totale, l’indice mondial des obligations d’entreprises affichant pour l’heure un rendement d’environ 5 % en devise locale.

Les opportunités de l’obligataire Investment Grade européen

Joseline Hobson – Merci, Lyndon. Nous avons déjà pas mal parlé de la Fed. Nous avons aussi abordé l’inflation et son évolution aux États-Unis et au Royaume-Uni. J’aimerais maintenant que nous nous penchions sur l’Europe.

Lyndon Man – Merci, Joseline. Oui, l’Europe retient actuellement toute notre attention. La région a sous-performé pour la plus grande part de 2022, principalement en raison de la situation géopolitique, qui a exacerbé le choc stagflationniste. Mais les faiblesses ont maintenant été largement intégrées par les cours et les problématiques sont bien identifiées. Nous percevons donc un solide potentiel de surperformance pour l’Europe et le Royaume-Uni en 2023.

Joseline Hobson – L’environnement macroéconomique est donc favorable. Qu’en est-il des divers segments de l’obligataire ? Où sont les opportunités ? Vous investissez avant tout dans le segment Investment Grade, bien sûr, mais les portefeuilles que vous gérez ont aussi la possibilité de se positionner sur le haut rendement et les obligations souveraines. Cette flexibilité vous est-elle d’une grande aide à l’heure actuelle ?

Lyndon Man – Bonne question. Nos perspectives sont actuellement optimistes sur l’obligataire Investment Grade européen, puisque les rendements indiciels ont pour la première fois retrouvé les niveaux observés en 2011 durant la crise des dettes publiques. L’environnement difficile de 2022 a conduit l’obligataire européen à des écarts proches de ceux de la pandémie, intégrant un certain risque de récession. En 2023, un environnement plus favorable de contraction des écarts de taux nous paraît vraisemblable, compte tenu du profil risque/rendement. En d’autres termes, nous pensons que les cours ont largement intégré le risque et que les écarts de taux actuels offriront une bonne protection en cas de regain de volatilité.

Pour ce qui est du haut rendement, nous restons méfiants face au risque de moindre qualité car nous pourrions être sur le point d’entrer dans un environnement opérationnel économiquement plus difficile. Pour le dire simplement, les défauts sont plus fréquents dans le haut rendement en période de récession.

Joseline Hobson – Merci, Lyndon. Pour l’instant donc, l’obligataire Investment Grade est selon vous la carte à jouer. Pour terminer, comment la politique de la banque centrale va-t-elle influer sur la donne ? Quel est le son de cloche de la BCE ?

Lyndon Man – La BCE prend déjà la voie d’une politique monétaire agressive. Sur cette base, nous pensons que des « taux neutres » pourraient être atteints dès le premier trimestre de cette année. Cela provoquerait une plus large destruction de la demande alimentant la croissance, avec pour effet de modérer l’inflation. La BCE serait alors potentiellement amenée à abaisser les taux fin 2023. Une baisse de l’inflation conjuguée à une croissance plus faible pourrait signifier un passage de la stagflation à la stagnation, ce qui favoriserait les écarts de taux des actifs à duration courte et de qualité.

Crédit IG : risques, difficultés économiques et récession

Joseline Hobson – Lyndon, vous avez évoqué le creusement des écarts de taux et les craintes de récession. Le creusement des écarts de taux crée des opportunités de revenu mais indique aussi un risque accru. On entend parler de ralentissement de la croissance et de récession, par exemple. Qu’est-ce que cela signifie pour l’obligataire IG ? Mike, peut-être, pour commencer ?

Mike Matthews – C’est exact. Les écarts de taux Investment Grade, auparavant très étroits, se sont creusés pour atteindre des niveaux rarement vus, exception faite de périodes telles que la crise financière mondiale. Cela reflète en partie la fin des assouplissements quantitatifs et le cycle de relèvements agressifs des taux. Mais c’est aussi le reflet d’un contexte économique plus difficile.

Le plus intéressant est que les rendements offerts par les obligations Investment Grade dépassent maintenant ceux qu’affichait le haut rendement début 2022. En outre, nous sommes en mesure d’en profiter sans exposer les portefeuilles à un trop grand risque de crédit. Contrairement à d’autres crises, le système bancaire reste sûr et bien capitalisé, et les entreprises ne sont pas surendettées. Cette fois, les risques ne sont pas systémiques et nous pouvons donc acheter des obligations d’entreprises en confiance.

Joseline Hobson – Merci, Mike. Passons maintenant à vous, Paul. Les ETF sont votre spécialité. Dans notre rôle de prestataire passif, l’important est de proposer un choix d’expositions à divers indices où chaque client trouve son bonheur, en fonction de ses objectifs, de ses préférences et de son profil de risque. Pour les clients qui envisagent actuellement l’exposition à des obligations d’entreprises Investment Grade, voyez-vous les choses de façon similaire à Mike ?

Paul Syms – Oui, je suis globalement d’accord avec le sentiment de Mike. Le taux sans risque est actuellement à un plus haut sur dix ans. Cela signifie que le crédit génère à présent un rendement offrant une certaine protection contre les révisions à la baisse et le risque de défaut. Même si les investisseurs s’attendent bien à un ralentissement économique en 2023, et sauf profonde récession, les rendements actuels des obligations Investment Grade et du haut rendement semblent raisonnablement attractifs.

Joseline Hobson – À propos du haut rendement – je crois que les clients aimeraient plus de détails – quel est son attrait par rapport au segment Investment Grade ? Si les clients souhaitent accroître leur exposition au risque de crédit, où devraient-ils concentrer leur attention ?

Mike Matthews – Pour ce qui est de nos portefeuilles, nous privilégions pour l’instant le segment Investment Grade plutôt que le haut rendement. Il y a plusieurs grandes raisons à cela. Nous vivons actuellement une crise énergétique, et plus largement une crise du coût de la vie. Qui plus est, l’inflation reste élevée. Aucun de ces facteurs n’est positif pour les consommateurs et la croissance économique.

De surcroît, la récession est imminente voire déjà là, au Royaume-Uni et dans d’autres pays. Pour les obligations d’entreprises, et plus particulièrement pour le haut rendement, certains problèmes pourraient encore se poser au cours des prochains trimestres.

Cela dit, contrairement au début de l’année 2022, nous entrevoyons à présent nombre d’opportunités. Comme je l’ai déjà indiqué, l’équilibre entre rendement et risque dans le segment Investment Grade nous paraît plus attractif qu’il ne l’a été depuis longtemps.

Joseline Hobson – Merci, Mike. Vous avez dit un mot de certains risques potentiels liés aux perspectives économiques. Lyndon, pouvez-vous un peu plus développer ? Malgré le fait que les entreprises abordent cette période avec des bilans raisonnablement solides, je suis sûre que les clients aimeraient connaître votre avis quant aux éventuels défauts et révisions à la baisse.

Lyndon Man : Merci, Joseline. La bonne nouvelle est que les défauts sont très rares chez les émetteurs Investment Grade, comme le montre la Figure 2. Même en 2008-2009, le pic dans ce segment n’a été que de 0,3-0,4 %. Le risque de révision à la baisse est lui plus pertinent.

Le segment vient de connaître une vague de révisions à la hausse après la Covid-19 mais en 2023, le ralentissement de la croissance pourrait donner lieu à des ajustements négatifs. Compte tenu de la solidité des bilans et des résultats, nous ne tablons toutefois pas sur un trop grand nombre de désillusions.

Figures 2 et 3. Taux de défaut mondiaux (Investment Grade et Speculative Grade) et révisions de notations annuelles

Sources des figures 2 et 3 : S&P Global Ratings Research et S&P Global Market Intelligence’s CreditPro®. Copyright 2022. Standard & Poor’s Financial Services LLC. Tous droits réservés.
* Exclut les notations ramenées à D.

Les leçons du passé : similitudes et différences

Joseline Hobson – La formule « sans précédent » a tant été rabâchée ces trois dernières années que j’hésite à l’utiliser. L’impression qui ressort des échanges avec les investisseurs, les clients et les stratégistes de marché n’en demeure pas moins que nous avançons aujourd’hui véritablement en terrain inconnu.

Paul Syms – Oui, je crois que la formule « sans précédent » est la bonne. À peine sortis de la pandémie, nous connaissons à présent une guerre majeure en Europe. Tant les consommateurs que les entreprises sont touchés par une flambée des coûts énergétiques, qui ne fait qu’aggraver les pressions inflationnistes existantes.

Joseline Hobson – Tout à fait. Dans cette période difficile, l’impression que j’ai des clients est qu’ils attendent que nous les guidions. Donc, Mike, la question est probablement piégeuse mais avons-nous déjà connu des périodes semblables à celle que nous vivons aujourd’hui ?

Mike Matthews – La question est très intéressante, Joseline. Je dirais que les conditions actuelles du marché sont en fait assez différentes des autres périodes de hausse des rendements et des écarts de taux que nous avons connues ces 30 dernières années. Durant les périodes telles que la bulle technologique, la crise financière mondiale, la crise de la zone euro et la pandémie de Covid-19, les banques centrales étaient clairement là pour apporter leur soutien. Aujourd’hui, elles relèvent les taux pour maîtriser l’inflation.

Une autre différence essentielle – qui devrait rassurer les investisseurs – est le point que j’ai déjà relevé : cette fois-ci, les risques ne sont pas systémiques. Les banques et les entreprises n’en sont plus là où elles en étaient en 2008.

Joseline Hobson – Merci Mike, c’est intéressant. Donc, il n ’existe pas de cas d’étude parfaitement identique et d’une certaine manière, cela devrait nous rassurer ! Lyndon, qu’en pensez-vous ?

Lyndon Man – Je suis d’accord avec Mike : il n’existe pas de point de comparaison parfait. Cela dit, 1994 a été citée plusieurs fois comme point de comparaison au scénario actuel, et il me paraît intéressant de l’examiner. Cette année-là, la Fed a relevé les taux de 3 % à 6 % en l’espace de douze mois, dans le but de calmer une économie en surchauffe. Les taux d’intérêt ont ensuite légèrement baissé mais se sont maintenus au-dessus de 5 % jusqu’en 1998.

Quel a été l’impact sur les obligations d’entreprises ? Le marché américain s’est replié de près de 7 % entre janvier et juin 1994, pour ensuite entamer un redressement tout au long de 1995.

Par comparaison, le repli de 2022 a été beaucoup plus sévère, de l’ordre de 15 % à 20 % pour les obligations d’entreprise.

Joseline Hobson – Et diriez-vous que la sévérité du repli est la principale différence entre les deux périodes ?

Lyndon Man – Oui, en partie. Il faut aussi relever que l’inflation était beaucoup plus modérée à cette époque, à 3 %, par comparaison au taux actuel de 7 %. Autre élément : il n’y a pas eu de récession en 1995, alors que beaucoup en attendent une en 2023, lorsque le durcissement de politique monétaire produira son plein impact.

Au cours des trois décennies écoulées depuis, le paysage des obligations d’entreprises a par ailleurs considérablement évolué. Trente années de déclin persistant des taux ont encouragé le marché américain à enfler d’environ 600 milliards de dollars US de valeur nominale en 1994 à 6,600 milliards aujourd’hui !

De façon similaire, l’arrivée de l’euro a favorisé une approche mondiale de l’investissement obligataire, grâce à un regroupement des marchés. On peut aujourd’hui effectuer sa sélection avec plus de flexibilité à travers les marchés, et même exploiter des anomalies pour un même émetteur ou migrer l’exposition là où les conditions paraissent plus favorables.
 

Positionnement du portefeuille : où voyons-nous des opportunités ?

Joseline Hobson – Jusqu’ici, nous avons beaucoup parlé des opportunités créées par le marché. J’aimerais maintenant discuter un peu plus en détail de ce qui se passe dans les portefeuilles que vous gérez. Mike, Lyndon, vous êtes tous deux des gérants actifs. Y a-t-il certains points que vous aimeriez souligner ?

Mike Matthews – Dans les portefeuilles que je gère, nous avons progressivement augmenté l’exposition au risque de taux d’intérêt et, pour la première fois depuis de nombreuses années, mes fonds Investment Grade en livre sterling ont plus ou moins la même duration que le marché correspondant. Cela reflète le fait que, bien que nous soyons certes attentifs au risque de persistance de l’inflation, le niveau des taux désormais intégré par les rendements souverains signifie qu’on obtient une compensation raisonnable du risque de taux d’intérêt.

Joseline Hobson – Merci, Mike. Pouvez-vous citer certaines entreprises qui vous viennent plus particulièrement à l’esprit ?

Mike Matthews – Bien sûr. En fait, le marché primaire offre aussi de belles opportunités. Nous avons dernièrement eu une série de nouvelles émissions à prix attractif, tant dans le segment Investment Grade en livre sterling que dans d’autres, notamment la dette bancaire subordonnée. On peut citer Vodafone £ 5,125 % 2052 et Barclays £ 8,407 % 2032.

Nous avons aussi récemment investi dans certaines obligations Investment Grade en livre sterling de plus longue échéance en bénéficiant d’une décote importante, tandis que nous avions choisi de ne pas nous positionner à l’émission. En octobre, par exemple, nous avons acheté l’obligation Shell £ 1,75 % 2052, notée AA et émise en septembre 2020, à un prix de 38,40. 

Joseline Hobson – Lyndon, vous gérez une stratégie obligataire mondiale diversifiée dans l’Investment Grade. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Observez-vous des poches régionales d’opportunité particulièrement intéressantes pour l’instant ?

Lyndon Man – Oui. Nous pensons que l’Asie pourrait surprendre à la hausse, étant donné la réouverture attendue de l’économie chinoise. La région nous plaît, en particulier par comparaison aux États-Unis.

Joseline Hobson – Merci, Lyndon. Intéressant. Je pense que les clients aimeraient plus de détails. Historiquement, la performance des marchés émergents a été étroitement liée aux prévisions sur la croissance mondiale. Avec tout ce que l’on entend sur la récession, comment expliquez-vous votre optimisme sur cette région ?

Lyndon Man – Bonne question. Notre intérêt pour la région s’explique en grande partie par la forte surperformance des États-Unis en 2022, due à l’attente d’un atterrissage en douceur. À terme, le durcissement de politique monétaire devrait toutefois modérer la croissance américaine. Nous nous attendons donc à ce que l’écart de croissance entre les deux régions se reflète dans la performance des écarts de taux obligataires. De plus, nous décelons de la valeur tant dans la dette souveraine que privée.

Joseline Hobson – Et qu’en est-il de l’Europe et du Royaume-Uni ? Ces régions signent la pire sous-performance en 2022, puisqu’elles ont directement subi le choc provoqué par le conflit russo-ukrainien dans la fourniture d’énergie. Comment les choses se présentent-elles pour elles ?

Lyndon Man – Après la période difficile que vous venez de souligner, Joseline, je dirais que le marché a largement intégré les faiblesses. Sur cette base, nous sommes d’avis qu’il existe un solide potentiel de surperformance pour la région au niveau des valorisations et des tendances techniques, spécialement compte tenu du sentiment plutôt baissier du consensus.

Joseline Hobson – Paul, nos ETF obligataires sont des produits passifs. Donc, évidemment, la question des ajustements actifs à effectuer entre régions ne se pose pas. Encore une fois, il s’agit plutôt de donner ce choix à l’investisseur.

Paul Syms – Oui, c’est exact. Nos ETF obligataires Investment Grade recouvrent des expositions en livre sterling, en euro et en dollar, et cela permet aux clients de cibler les régions et devises qu’ils souhaitent, en fonction de leurs perspectives macroéconomiques.

Intégrer des critères ESG dans les portefeuilles obligataires IG

Joseline Hobson – Nous avons examiné pas mal de questions aujourd’hui, principalement les perspectives macroéconomiques et leur impact sur les décisions d’investissement. Avant de conclure, j’aimerais que nous nous attardions sur une thématique à plus long terme, qui se doit de figurer dans toute discussion. Je veux parler des critères ESG. Mike, pouvez-vous commencer par resituer le contexte ?

Mike Matthews – Bien sûr. Depuis une dizaine d’années, les critères ESG sont vraiment passés du souhaitable à l’incontournable pour beaucoup d’investisseurs. Traditionnellement, ces critères ont été un peu plus malaisés à mettre en œuvre dans l’obligataire, par rapport aux marchés actions. À certains égards, les obligations d’entreprises se sont néanmoins révélées être un bon point de départ.

L’une des raisons est que les actionnaires disposent du droit de vote, ce qui pousse les directions d’entreprises à des changements positifs en matière environnementale, sociale et de gouvernance. Et les détenteurs d’obligations peuvent collaborer avec ces actionnaires dans leur dialogue ESG avec les directions des entreprises.

Joseline Hobson – Merci, Mike. Et l’investissement ESG permet bien sûr aux clients d’aligner leurs portefeuilles sur leurs valeurs, ce qui est important. Mais il y a aussi des avantages du point de vue financier.

Lyndon Man – Exactement. Au-delà des considérations éthiques, beaucoup de problèmes de solvabilité trouvent leur origine dans certaines défaillances liées à l’environnement, au social ou à la gouvernance. Il est donc important pour nous d’intégrer les critères ESG, qui constituent un élément essentiel de notre processus d’analyse du crédit. Nos analystes attribuent une note de crédit et une note ESG à chaque émetteur étudié, et examinent aussi son schéma d’évolution.

Joseline Hobson – Paul, Mike a présenté le concept d’engagement actif et Lyndon le concept de recherche active du crédit. Une idée reçue courante concernant les ETF est qu’ils sont limités dans la prise en compte de critères ESG. Diriez-vous que c’est inexact ?

Paul Syms – Oui, tout à fait. Au départ, les ETF ESG ont d’abord commencé par éliminer les secteurs et activités controversés. Mais depuis, tout un éventail de stratégies s’est développé, pour progresser de simples exclusions jusqu’à des approches recherchant l’excellence ESG, c’est-à-dire les entreprises dont les impacts sont les plus positifs.

Par exemple, nombre des engagements menés par l’équipe ESG interne d’Invesco se retrouvent dans l’intégralité des fonds directement investis de notre gamme. Autrement dit, l’investisseur passif bénéficie de nos processus d’engagement actif. Selon moi, c’est l’un des meilleurs exemples des avantages offerts par l’envergure mondiale d’Invesco.

Joseline Hobson – Paul, cette idée d’un éventail ESG revient souvent, afin de permettre aux clients de choisir les produits ESG qui répondent le mieux à leurs valeurs et leurs objectifs. Je sais que notre équipe de développement des produits y a travaillé dur ces dernières années, en élargissant vraiment l’étendue des produits ESG proposés.

Mike, tous les produits obligataires gérés par votre équipe intègrent des critères ESG, mais vous avez aussi récemment lancé un produit Article 8 et un produit Article 9. Pouvez-vous nous expliquer les différences dans l’approche adoptée ?

Mike Matthews – Bien sûr. Les produits Article 8 et Article 9 que nous proposons ne reposent pas sur des stratégies purement Investment Grade, bien qu’ils soient largement alloués à des obligations d’entreprises IG. Chaque fonds poursuit un objectif à la fois climatique et financier : appuyer la transition vers une économie bas carbone.

Concrètement, cela signifie, d’une part, éviter les émetteurs tels que les grandes compagnies exploitant des carburants fossiles. Bien qu’elles investissent dans les énergies renouvelables, nous pensons qu’elles vont encore s’appuyer sur le pétrole et le gaz durant de nombreuses années. D’autre part, nous opérons aussi une sélection active des entreprises dont les progrès dépassent ceux de leurs homologues.

Cela peut vouloir dire prendre des positions, par exemple, sur les énergies vertes et les véhicules électriques. Mais cela peut aussi vouloir dire investir dans des secteurs très carbonés, si ceux-ci progressent plus vite que leurs concurrents.

Joseline Hobson – Lyndon, je sais que vous avez aussi récemment lancé un produit Article 9. Vous avez aussi commencé à intégrer un protocole de neutralité carbone pour trois de vos portefeuilles d’obligations d’entreprises IG. Y a-t-il autre chose que vous aimeriez ajouter pour conclure la discussion d’aujourd’hui ?

Lyndon Man – Merci, Joseline. J’aimerais juste revenir un moment sur le dernier point soulevé par Mike, c’est-à-dire l’idée d’investir dans les progrès ESG de même que dans l’excellence ESG. C’est un point important et, à mon avis, la meilleure manière de porter un véritable changement. C’est pourquoi nous menons un programme coordonné d’engagement, pour aider les émetteurs sur la voie de la neutralité carbone. Tous les secteurs doivent décarboner si nous voulons atteindre la neutralité carbone en 2050. Retirer ses capitaux peut être un outil utile en dernier recours mais nous pensons que la participation active est plus efficace.

Joseline Hobson – Merci à tous pour cette discussion intéressante. Nous avons là matière à réflexion. L’année 2022 a pour le moins été intéressante et les choix à faire en 2023 donnent aussi matière à réflexion. Comme toujours, nous sommes là pour répondre à toutes vos questions. N’hésitez donc pas à nous contacter.

Vidéo avec Joseline Hobson

Pourquoi choisir Invesco dans l’obligataire IG ?

Chez Invesco, nous possédons plus de 45 années d’expérience d’investissement dans l’obligataire IG. Cela signifie que nous avons su traverser plusieurs cycles économiques et plusieurs crises, de la crise financière mondiale aux perturbations causées par la Covid-19. Certains de nos spécialistes de l’obligataire IG ont partagé une grande part de ce parcours avec nous, comme Mike Matthews, qui a rejoint Invesco en 1995 et codirige aujourd’hui notre équipe Fixed Interest à Henley-on-Thames. Lyndon Man et Paul Syms sont respectivement aux côtés d’Invesco depuis 11 et 5 ans, chacun fort de quelque 20 années d’expérience dans le secteur.

Nous conjuguons cette expérience à notre esprit d’innovation pour proposer aujourd’hui un large éventail de produits obligataires couvrant différentes régions, différents styles d’investissement et différents instruments – actifs et passifs. Nous aidons aussi nos clients à aligner leurs portefeuilles sur leurs valeurs grâce à notre gamme toujours plus étendue de produits ESG, et nous avons lancé un portefeuille obligataire IG Article 9 en 2022.

Questions fréquentes sur le crédit Investment Grade

L’obligataire Investment Grade désigne les obligations d’entreprises émises par des sociétés de qualité présentant un faible risque de défaut. Les définitions employées par les agences de notation (Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch) diffèrent légèrement.

  • Moody’s : Baa3 ou plus
  • Standard & Poor’s et Fitch : BBB- ou plus

Les obligations d’entreprises Investment Grade offrent généralement des rendements plus élevés que les obligations souveraines de qualité. Ceci compense le risque de crédit accru supporté par l’investisseur. Elles présentent en outre un risque de défaut plus faible que les obligations de qualité moindre (par exemple, haut rendement) et sont moins volatiles que les actions.

 

Un autre avantage des obligations d’entreprises Investment Grade est de concourir à la diversification, en permettant à l’investisseur d’obtenir une exposition dans un large éventail de secteurs d’activité. Elles s’échangent sur un marché secondaire vaste et liquide.

Tout ralentissement de l’économie augmente le risque pour une société de ne pouvoir honorer ses obligations financières.

 

Bien que les obligations d’entreprises soient plus risquées que les obligations souveraines de qualité, la notation Investment Grade n’est accordée qu’à des sociétés dont le risque de défaut est très faible. Le plus grand risque pour les entreprises Investment Grade est une révision à la baisse de leur notation.

 

L’analyse active du crédit peut contribuer à réduire ce risque. 

Du point de vue de la performance totale, l’obligataire tend à mal se comporter durant les périodes d’expansion économique. Bien que les écarts de taux se resserrent habituellement durant ces phases – ce qui conduit à une surperformance par rapport aux obligations souveraines – la politique des banques centrales est le facteur clé. Lorsque ces dernières relèvent les taux, les rendements augmentent, ce qui limite le potentiel de forte performance du revenu fixe en général. Cependant, l’obligataire tend à bien se comporter sur le restant du cycle économique.

Risques d’investissement

  • La valeur des placements et tout revenu fluctueront (cela peut être en partie le résultat des fluctuations des taux de change) et les investisseurs pourraient ne pas récupérer le montant total investi.

Informations importantes

  • Toutes les données s’entendent aux dates indiquées et proviennent d’Invesco, sauf indication contraire.

     

    Ce document est du matériel de marketing et ne constitue pas une recommandation d’investissement dans une classe d’actifs, un titre ou une stratégie en particulier. Les exigences réglementaires qui exigent l’impartialité des recommandations d’investissement / stratégie d’investissement ne sont donc pas applicables, pas plus que les interdictions de négocier avant publication.

     

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