Lors de la course au titre des Giants de New York en 1986, un journaliste a demandé à Bill Parcells, entraîneur de football intronisé au Temple de la renommée, s’il avait peur de jouer contre Washington pour la troisième fois. Et Bill Parcells a répondu : « Laissez-moi vous dire ce qui me fait peur : les serpents, les araignées et les autorités fiscales. »
On me demande tellement souvent ce qui me fait peur au sujet de la progression soutenue du marché que je suis tenté de répondre de manière sarcastique comme Bill Parcells.
Le Venezuela? C’est une petite économie1. L’Iran? Idem2.
L’indépendance de la Réserve fédérale (Fed)? Il s’agit d’un sujet important qui m’inquiétera lorsque les attentes d’inflation dépasseront significativement les niveaux actuels3.
Le Groenland? Les droits de douane? Ces enjeux ne nous facilitent pas les choses, mais nous avons déjà composé avec les tarifs douaniers. Après le Jour de la libération, la forte hausse du marché obligataire a incité l’administration Trump à suspendre les droits de douane, et l’indice S&P 500 a inscrit son troisième meilleur rendement sur un jour en 30 ans4.
Alors, qu’est-ce qui me fait peur?
Ni les serpents, ni les araignées. Je serai préoccupé lorsque l’économie américaine montrera des signes d’endettement excessif, que les attentes d’inflation dépasseront considérablement la zone de confort de la Fed, que l’activité économique connaîtra un bouleversement évident, que les écarts de taux se creuseront significativement et que les banques resserreront leurs normes de prêt5.
Actuellement, nous n’observons rien de cela.
Tant que ces événements ne se concrétisent pas, je demeure optimiste à l’égard des actions, malgré les distractions incessantes des manchettes et les manœuvres géopolitiques en cours.
Il peut s’agir d’un biais de confirmation, mais…
…l’élargissement tant attendu du marché boursier américain semble se matérialiser. Cette tendance est typique d’un contexte d’assouplissement de la politique monétaire de la Fed et d’amélioration de l’activité économique. Par le passé, durant les cycles d’assouplissement, l’indice S&P 500 Equal Weight (qui sert d’indicateur de l’élargissement de la participation au marché) a eu tendance à surpasser l’indice pondéré en fonction de la capitalisation boursière. Des signes précurseurs donnent à penser que cette tendance est en train d’émerger. L’indice pondéré en fonction de la capitalisation boursière a encore surpassé l’indice équipondéré au cours de la dernière année, mais l’écart entre les deux s’est resserré6.
Citation (partie 1)
« Kevin est trop bon à la télévision pour être envoyé à la Fed. »
– Président Donald Trump7
Cette récente déclaration de Donald Trump concernant Kevin Hassett, depuis longtemps pressenti comme le candidat favori pour diriger la Fed, a relancé les paris sur le nom du futur président de l’institution, et il s’avère que Kevin Warsh et Christopher Waller sont en lice. Malheureusement, mon nom ne figure toujours pas sur la liste. Je commence à penser que je n’aurai jamais ce poste!
Comme nous l’avons répété, l’indépendance de la Fed est un sujet essentiel. L’augmentation des attentes d’inflation en janvier a été légèrement préoccupante, même si ces dernières se situent dans la zone de confort de la Fed8. Les investisseurs doivent garder à l’esprit que le prochain président de la Fed n’exercera pas un contrôle unilatéral, car les gouverneurs n’ont généralement pas de relations politiques étroites, les membres nommés par Joe Biden demeurent en place, et ceux nommés par Donald Trump, comme M. Waller et Mme Bowman, votent conformément à la politique de l’actuelle Fed. Cette situation mérite d’être surveillée, car les préoccupations grandissantes à l’égard de l’indépendance de la Fed représentent le principal risque de baisse pour nos perspectives. Néanmoins, nous nous attendons toujours à ce que l’intégrité de l’institution soit préservée.
Citation (partie 2)
« L’Europe possède le Groenland, elle possède aussi beaucoup de bons du Trésor américains. »
– George Saravelos, responsable de la stratégie de change à la Deutsche Bank9
George Saravelos invoque un argument intéressant. 3 500 milliards de dollars de titres de créance du Trésor américain sont détenus en Europe, ce qui représente 9,8 % de l’encours de la dette des États-Unis10. En fait, l’Europe en détient beaucoup plus que la Chine, même si le volume de dette américaine détenu par la Chine est depuis longtemps considéré comme un puissant levier géopolitique potentiel.
Toutefois, il est important de replacer les choses dans leur contexte. Les gouvernements européens ne vont pas vendre massivement les actifs américains.
- Premièrement, la plupart des actifs américains détenus en Europe le sont par le secteur privé, notamment par des compagnies d’assurance, des régimes de retraite, des banques et des particuliers. (La caisse de retraite danoise a annoncé qu’elle allait se départir de 100 millions de dollars de titres du Trésor américain, ce qui représente 0,4 % de son compte et 0,00026 % de la dette totale du Trésor américain11.)
- Deuxièmement, ces investisseurs vendraient contre leurs propres intérêts, car il est difficile d’imaginer qui serait prêt à acheter ces titres.
- Troisièmement, les États-Unis demeurent le marché le plus important, le plus profond et le plus liquide au monde, ce qui rend les réaffectations extrêmement difficiles.
Pour conclure, le débat actuel au sujet du Groenland ne va probablement pas entraîner une liquidation soudaine des titres du Trésor américain. Selon nous, les investisseurs vont probablement diversifier progressivement leurs placements en s’éloignant des actifs américains, ce qui laisse entrevoir une faiblesse persistante du dollar américain. Nous nous attendons donc à ce que les actifs internationaux enregistrent des rendements supérieurs en 2026.
Penser/repenser
Pensez à ce qui suit : Les événements géopolitiques ont une incidence importante sur le marché boursier.
Repensez : Le rendement moyen sur un an de l’indice S&P 500 après un sommet de l’indice de risque géopolitique est de 15,40 %12.
Appel à un ami
Pourquoi les taux obligataires japonais bondissent-ils et cela doit-il inquiéter les investisseurs? J’ai posé la question à Rob Waldner, stratège en chef et chef de la recherche macroéconomique pour Invesco Fixed Income. Voici sa réponse :
« Les taux obligataires japonais13 ont bondi en raison de mesures budgétaires beaucoup plus importantes que prévu et de craintes que la Banque du Japon n’ait été trop lente à relever les taux, malgré une augmentation en décembre. Les mesures de relance de la première ministre Sanae Takaichi, qui représentent près de 3 % du produit intérieur brut (PIB)14, ont suscité des préoccupations au sujet de l’augmentation des émissions d’obligations et de l’expansion budgétaire future, ce qui a fait grimper les taux.
Les marchés estiment maintenant que la banque centrale est en retard sur la courbe des taux, une perception renforcée par une conjoncture inhabituelle combinant deux tendances : hausse des taux d’intérêt et faiblesse de la monnaie15. Il est probable que cette situation soit résolue, mais elle devrait provoquer une augmentation de la volatilité sur les marchés, notamment de nouvelles hausses des taux obligataires japonais, jusqu’à ce que la Banque du Japon soit contrainte de resserrer davantage sa politique monétaire. Cet épisode sera probablement suivi d’une stabilisation et d’une remontée du yen. »
Sur la route
Mes voyages m’ont amené à Phoenix, où j’étais inscrit à l’ordre du jour avec David Pogue, chroniqueur scientifique et technologique et correspondant de CBS News. David a surtout abordé l’intelligence artificielle (IA) et, bien qu’il ait reconnu les nombreuses préoccupations entourant les technologies, il nous a rappelé que la société a toujours eu peur de l’innovation. Souvenez-vous quand on croyait que voyager à 80 km/h sur un navire à vapeur rendrait les gens fous.
David a clairement indiqué que même si l’IA posera des défis qui nécessiteront une réglementation réfléchie, les avantages potentiels seront probablement extraordinaires. Il a tenu sa promesse en terminant par des exemples marquants, notamment l’IA interprétant un panneau de stationnement déroutant ou David Beckham parlant plusieurs langues qu’il ne connaît pas dans une publicité.
Cependant, l’exemple qui m’a vraiment frappé est la prévision, par une IA de Google, de la structure de près de 200 millions de protéines connues de la science. Si l’on connaît la structure d’une protéine susceptible d’être impliquée dans une maladie, cela augmente la probabilité de découvrir une molécule médicamenteuse qui s’y liera et modifiera son comportement, en espérant que cela guérisse ou atténue la maladie. Avant cette percée, on estime que les scientifiques connaissaient la structure de seulement 0,085 % de toutes les protéines connues. D’après David, cette avancée permettra de réaliser des percées médicales transformatrices, y compris le traitement de bon nombre des maladies les plus invalidantes.