Selon l’AIE, les dépenses en matière d’énergie propre devraient atteindre 1 700 milliards de dollars cette année, et il faudrait qu’elles atteignent 4 000 milliards pour atteindre l’objectif « zéro émission nette ».
Et il ne s’agit que des dépenses en énergie propre. Car d’autres secteurs de l’économie ont besoin de sommes astronomiques pour pouvoir s’engager dans un processus de décarbonation.
Cela crée un riche vivier d’opportunités, d’opportunités vraiment prometteuses pour nos investisseurs. En particulier pour les investisseurs en quête de rendement qui souhaitent également soutenir la décarbonation.
Comment la valeur à long terme des instruments de dette pourrait-elle être impactée par le changement climatique ?
Matt Henly: Les risques environnementaux peuvent entraîner une sous-performance ou une surperformance assez significative des obligations, en particulier dans les secteurs à forte consommation énergétique.
Nous observons déjà ce phénomène sur le marché aujourd’hui.
Si l’on prend, par exemple, le secteur des services publics, les leaders dans le domaine des énergies renouvelables commencent déjà à voir leurs obligations se négocier à des niveaux plus élevés que leurs homologues dont la note est comparable.
Tom Hemmant: C’est donc une problématique majeure qui concerne tous les mandats que nous gérons, pas seulement ceux à visée climatique.
Même si je pense, en réalité, qu’il s’agit peut-être d’un problème plus grave pour les actions, car dans certains secteurs, il peut y avoir un véritable risque de désaffection pour certains actifs.
Mais c’est aussi un problème pour les détenteurs d’obligations. Et je pense qu’une analyse minutieuse et une sélection de titres sont nécessaires pour gérer les risques.
Matt Henly: Les répercussions sur les valorisations des obligations des entreprises peuvent provenir de facteurs fondamentaux.
Il peut donc s’agir des répercussions directes des risques climatiques sur la solvabilité d’une entreprise, mais il peut aussi s’agir de facteurs techniques. De ce fait, les préférences pour la demande d’obligations changent. Et dans nos stratégies « net zéro », nous cherchons à atténuer ces deux risques pour nos clients.
Tom Hemmant: Sur une note plus positive, il est, à mon avis, possible d’obtenir des rendements ajustés au risque supérieurs, si nous parvenons à repérer les entreprises qui seront moins affectées par les tendances négatives liées au dérèglement climatique. Ou plutôt, celles qui contribuent positivement à la décarbonation.
Il me semble que ces entreprises bénéficient d’un meilleur soutien auprès des investisseurs. Comme elles ont une histoire structurelle positive à long terme, ces obligations sont potentiellement plus stables dans le temps.
Tom Hemmant: Sachez également que certains observateurs doutent que nous puissions un jour atteindre le « zéro net » et s’interrogent sur les rendements des énergies renouvelables, par exemple. C’est une bonne chose. Et je reconnais que le chemin à parcourir ne sera pas toujours simple.
Mais malgré ces doutes et incertitudes, il est clair qu’une grande tendance structurelle se dégage. Nous sommes face à un problème réel qu’il faut prendre à bras-le-corps. Nous aurons donc un très large éventail d’opportunités. Et cette tendance est très favorable pour des investisseurs actifs comme nous.
Le désinvestissement est-il un choix efficace pour participer au changement ?
Matt Henly: Le désinvestissement peut jouer un rôle dans les portefeuilles net zéro, mais il doit l’être pour les bonnes raisons. L’essence des stratégies « zéro émission nette » consiste à reconnaître que les secteurs à fortes émissions jouent un rôle important dans l’économie mondiale, mais que ces secteurs doivent entamer un processus de décarbonation et qu’ils ont donc besoin de capitaux.1
Notre rôle en tant que gérants de fonds est de sélectionner les meilleurs titres du secteur, les leaders en matière climatique, de dialoguer avec eux, de mieux comprendre leur parcours et de veiller à ce qu’ils restent sur la bonne voie.
Dans nos portefeuilles net zéro, le désinvestissement a lieu si une entreprise s’écarte de cette trajectoire – et pas simplement parce que cette entreprise a aujourd’hui une empreinte carbone élevée. Il est très important d’établir cette distinction majeure.
1Remarque : Cette déclaration est pertinente pour l’approche adoptée par certaines des stratégies obligataires net zéro d’Invesco, notamment la stratégie Invesco Net Zero Global Investment Grade Corporate Bond et la stratégie Invesco Net Zero Buy and Maintain. Les stratégies d’investissement ESG peuvent varier, et tous nos fonds obligataires ESG ne suivront pas exactement la même approche.
Pouvez-vous nous parler de votre processus de sélection de crédit ? Comment intégrez-vous les considérations climatiques ?
Matt Henly: Pour être éligible à nos portefeuilles net zéro, il faut remplir trois critères.
Nous devons être rassurés quant à la solvabilité de l’émetteur. Nous devons considérer que les obligations sont sources de valeur. Et nous devons avoir une ferme conviction dans la crédibilité de l’émetteur en matière d’émission nette zéro. Ce que nous entendons par là, c’est que nous devons constater une volonté et une capacité claires de cette entreprise à entamer un processus de décarbonation en empruntant la trajectoire de zéro émission nette d’ici 2050.
Nous réalisons des évaluations nettes zéro pour chaque entreprise dans laquelle nous investissons au sein de nos portefeuilles net zéro, et elles sont réalisées en interne grâce à l’expertise de l’équipe d’investissement d’Invesco et aux capacités de recherche de l’équipe ESG.
Tom Hemmant
Ainsi, les fonds climatiques que nous gérons visent à soutenir la transition vers une économie à faibles émissions de carbone et la sélection de crédit pour ces fonds comporte deux éléments. Nous utilisons des analyses quantitatives et qualitatives afin de nous assurer que l’émetteur d’obligations remplira l’objectif climatique du mandat.
L’analyse quantitative implique d’évaluer les entreprises à l’aide d’une série de mesures prospectives et rétrospectives. Puis, l’analyse qualitative nous oblige à effectuer un travail plus approfondi pour véritablement comprendre l’entreprise et ses projets. Et ces analyses nous permettent de placer dans leur contexte et d’interpréter les résultats du processus quantitatif.
En parallèle, nous analysons également le rapport risque-rendement financier des obligations. Pour faire simple, nos investisseurs sont-ils rémunérés à hauteur des risques qu’ils prennent ?
Comment les investisseurs peuvent-ils mettre en œuvre des stratégies respectueuses du climat par le biais des ETF ?
Sam Whitehead: Les ETF suivent généralement les indices de manière passive. Les considérations climatiques peuvent être intégrées de la même manière que les mesures ESG classiques.
Les indices que certains ETF suivent peuvent soit faire appel à une méthode « tiltée », soit recourir à une approche « best in class ». Et ces approches pourraient, par exemple, reposer sur le score des émissions de carbone, ou sur tout autre score de transition vers la carboneutralité.
Les ETF pourraient donc envisager de surpondérer les sociétés qui proposent des solutions et de sous-pondérer celles dont les actifs feront à l’avenir l’objet d’une désaffection.
L’autre caractéristique unique des obligations, dont les ETF peuvent profiter, est que l’exposition temporelle des investisseurs est limitée. Á la différence des actions qu’il faudrait vendre pour pouvoir se désinvestir.
Dans ce cas, vous pouvez envisager de réinvestir les produits dans une émission qui correspond plus précisément à un portefeuille que votre ETF recherche selon une approche fondée sur ces règles.
Vous constaterez donc des améliorations au niveau des aspects climatiques au fil du temps.
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