Puisque vous m’avez posé ces questions… (partie 1)
Q. : Craignez-vous que le nouveau président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Kevin Warsh, soit mis à l’épreuve par le marché au début de son mandat, comme c’est souvent le cas?
R. : M. Warsh entre en fonction à un moment difficile, les pressions politiques pour une baisse des taux d’intérêt entrant en conflit avec la hausse des attentes d’inflation.4 Toutefois, l’idée que le marché teste les nouveaux présidents de la Fed n’est qu’une coïncidence, selon moi.
L’idée pourrait remonter à octobre 1987, lorsque le marché boursier s’est effondré seulement deux mois après l’entrée en fonction d’Alan Greenspan.5 Et oui, Ben Bernanke a connu les premiers stades du repli du marché de l’habitation, et Janet Yellen est entrée juste après le début du Taper Tantrum. Toutefois, ces exemples témoignent davantage des difficultés à un moment précis que d’un défi délibéré du marché.
En fait, les données n’appuient pas l’idée d’un test de résistance automatique pour les nouveaux présidents de la Fed. Le rendement moyen de l’indice S&P 500 sur six mois après le début des six derniers mandats de présidence de la Fed est de 3,60 %, avec un large éventail de rendements, dont 19,64 % pour G. William Miller, 10,37 % pour Paul Volcker, -25,27 % pour Alan Greenspan, -0,90 % pour Ben Bernanke, 10,52 % pour Janet Yellen, et 7,23 % pour Jerome Powell.6 Cette dispersion donne à penser que chaque président hérite d’un contexte différent, et que les marchés réagissent aux données fondamentales, et non aux mandats.
Puisque vous m’avez posé ces questions… (partie 2)
Q. : Vous avez constamment parlé des écarts de taux serrés. Pensez-vous que nous observons des changements structurels qui soutiennent cette situation, en particulier en ce qui a trait à la croissance du marché du crédit privé?
R. : Les écarts de taux du crédit public se sont resserrés depuis le début du conflit avec l’Iran,7 et je considère toujours que c’est notre meilleur signe en temps réel de la vigueur sous-jacente des entreprises américaines et de l’économie en général. Il est vrai que les tensions sur les marchés privés peuvent émerger plus lentement. Toutefois, si des problèmes systémiques survenaient au sein du crédit privé, ils se répercuteraient probablement sur les marchés publics, avec un élargissement des écarts de taux des obligations à rendement élevé et une hausse des swaps sur défaillance de crédit, surtout compte tenu du chevauchement au niveau des emprunteurs dans ces écosystèmes. Ce qui continue de me rassurer, c’est la croissance limitée de l’endettement des sociétés américaines depuis la pandémie.8 Cela ne ressemble tout simplement pas à une économie surendettée. Ce contexte renforce le message des marchés du crédit selon lequel les assises demeurent solides.
On a dit
« Attendez-vous à une désinflation importante après la publication d’une ou deux autres données élevées sur l’inflation. »
– Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain
La donnée élevée sur l’inflation dont il parlait est l’augmentation de 3,8 % de l’indice des prix à la consommation aux États-Unis par rapport à il y a un an.9 La question la plus importante est de savoir si cela s’avère être une autre flambée temporaire ou le début de quelque chose de plus persistant, et si le secrétaire au Trésor a raison de dire que la désinflation suivra.
Les attentes d’inflation fondées sur le marché ont augmenté; les attentes sur trois ans s’établissent à 2,80 % et celles sur cinq ans, à 2,60 %, dépassant nettement le niveau d’environ 2,25 % du début de l’année.10 Ces fluctuations ne sont pas négligeables, mais les attentes se situent toujours dans une fourchette qui peut être décrite comme étant compatible avec la stabilité des prix. Parallèlement, les marchés ont commencé à tenir compte d’un resserrement supplémentaire de la Fed, avec au moins une hausse de taux prévue d’ici le printemps 2027.
On me demande souvent ce qui me rendrait plus prudent à l’égard des actions. Une hausse soutenue des attentes d’inflation et une approche plus active de la Fed seraient un point de départ évident. Nous n’en sommes pas encore là. Pour l’instant, je dirais toujours que le contexte est relativement stable, mais l’équilibre des risques pourrait devenir moins favorable si les attentes d’inflation continuent d’augmenter.
Penser/repenser
Pensez à ce qui suit : Les marchés haussiers se sont nettement écartés des données fondamentales sous-jacentes.
Repensez : Les bénéfices des sociétés sont demeurés solides. Les sociétés de l’indice S&P 500 ont maintenant enregistré une croissance des bénéfices à deux chiffres pendant six trimestres consécutifs11. Fait important, la vigueur a été généralisée, neuf des onze secteurs ayant dépassé les attentes au cours de la dernière période de publication12.
Sur la route
Mes déplacements m’ont mené à Fort Lauderdale pour le Barron’s Advisors Team Summit, où j’ai eu l’occasion de manger aux côtés de Roger Carstens, envoyé spécial du président des États-Unis pour les affaires liées aux prises d’otages. Son message était clair. Dans les situations où les enjeux sont les plus importants, le succès passe par la discipline, la patience et la perspective. Une prise de décision lente et délibérée surpasse les réactions émotives, surtout lorsque l’incertitude est élevée. L’important est de comprendre les motivations de l’autre partie, d’établir un lien de confiance avant d’essayer d’influencer, et de rester calme lorsque les autres ne le peuvent pas.
Vous ne pouvez pas contrôler le contexte, mais vous pouvez contrôler votre processus, votre comportement et votre préparation. Au fil du temps, l’information peut s’améliorer, les émotions s’estompent et de meilleurs résultats peuvent devenir possibles pour ceux qui sont prêts à écouter, à garder le cap et à laisser le temps jouer en leur faveur.
Il n’est pas difficile d’établir un lien avec les placements.