Un animateur de télévision bien connu m’a récemment demandé si nous étions dans un marché à la Alfred E. Neumann. Il s’agissait bien sûr d’une référence au personnage du MAD Magazine et à sa célèbre réplique : « Moi, m’inquiéter? » La question est légitime au vu de la progression continue des marchés malgré ce qui semble être un flux ininterrompu de préoccupations. J’ai répondu « oui », mais avec une nuance importante.
Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. Il y a toujours lieu de s’inquiéter. À l’heure actuelle, le contexte géopolitique demeure incertain, les tensions en Iran revenant régulièrement au premier plan. Au Royaume-Uni, les taux obligataires ont augmenté, les investisseurs évaluant si un éventuel changement politique pourrait raviver le souvenir de la forte désorganisation des marchés observée durant le bref gouvernement de Liz Truss1. Au Japon, les décideurs ont pris des mesures pour soutenir le yen, tout en préparant les marchés à la probabilité de nouvelles hausses de taux2. Chacun de ces événements peut avoir des répercussions sur la liquidité, les devises et le sentiment à l’égard du risque à l’échelle mondiale.
Pourtant, les marchés ont en grande partie absorbé ces enjeux3. Cela ne signifie pas que les investisseurs ignorent les risques ou qu’ils font preuve d’indifférence. Cela suggère plutôt que les fondamentaux continuent d’offrir des bases suffisamment solides pour atténuer ces préoccupations. Si l’on fait abstraction des manchettes quotidiennes, la situation globale semble rester favorable aux actions, selon moi.
Trois facteurs soutenant les marchés
Premièrement, le système mondial continue d’offrir un soutien budgétaire important4. Les gouvernements de la plupart des grandes économies ont continué de dépenser, que ce soit par l’intermédiaire de la politique industrielle, des investissements dans les infrastructures ou des dépenses dans le secteur de la défense. Ces dépenses se répercutent souvent sur les revenus des sociétés et peuvent soutenir l’activité économique dans son ensemble.
Deuxièmement, les bénéfices des sociétés demeurent solides. Les sociétés de l’indice S&P 500 ont maintenant enregistré une croissance des bénéfices à deux chiffres pendant six trimestres consécutifs5. Fait important, la vigueur a été généralisée, neuf des onze secteurs ayant dépassé les attentes au cours de la dernière période de publication6. Il ne s’agit pas d’une situation limitée attribuable à une poignée de secteurs. De nombreux analystes continuent par ailleurs d’anticiper un nouveau trimestre de croissance à deux chiffres et ont relevé leurs prévisions pour l’ensemble de l’année7.
Troisièmement, l’économie américaine a continué de faire preuve de résilience. Le rapport sur l’emploi publié la semaine dernière constitue le deuxième consécutif pouvant être qualifié de solide8. La croissance de l’emploi est demeurée suffisamment vigoureuse, selon moi, pour soutenir les revenus et les dépenses, sans être assez forte pour raviver les craintes inflationnistes. Pour l’instant, cela semble indiquer un marché de l’emploi stable et une économie qui poursuit son expansion à un rythme raisonnable.
Pris ensemble, ces facteurs expliquent en partie pourquoi les marchés ont pu poursuivre leur progression malgré la persistance des risques. Il ne s’agit pas d’investisseurs adoptant une attitude insouciante ou désinvolte en se disant : « Moi, m’inquiéter? » Beaucoup semblent plutôt soupeser l’ensemble des éléments disponibles et conclure que les facteurs favorables gardent l’avantage.
Ainsi, même si les raisons d’être prudent ne manquent pas, il existe aussi une explication au fait que les marchés continuent d’avancer. Il semble s’agir d’un marché marqué par la complaisance, qui évolue dans un environnement incertain tout en continuant de bénéficier de solides résultats des entreprises et d’un contexte économique résilient.