Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été du genre à avoir peur de rater quelque chose. La peur de rater une occasion influence depuis longtemps la façon dont j’utilise mon temps. Cette tendance a ses inconvénients, notamment des épisodes occasionnels d’épuisement, mais je ne l’échangerais pour rien au monde. J’ai sincèrement du mal à me faire à l’idée d’être à l’aise en restant sur la touche pendant que des choses se produisent.
Je l’ai d’ailleurs reconnu à la télévision en 2022. Les marchés se dirigeaient alors vers une baisse de 20 % en raison des craintes inflationnistes et du début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine1. Lorsque l’on m’a demandé s’il était temps de réduire le risque des portefeuilles, j’ai répondu que j’étais quelqu’un sujet à la fameuse « FOMO » et que je ne voulais pas manquer une hausse des marchés. Sur le moment, cela m’a semblé être une remarque anodine. Quatre ans plus tard, les mêmes présentateurs me demandent encore si je suis toujours en proie à la peur de rater une occasion. Je ne m’attendais pas à passer à la télévision, et encore moins à voir un trait de personnalité assumé se transformer en surnom. Brian Levitt, le gars à la FOMO, ce n’est pas particulièrement flatteur, mais je l’assume volontiers.
Cet instinct m’a de nouveau été utile en avril dernier. Les marchés sont revenus à des sommets records, à mesure qu’ils intégraient la probabilité croissante d’une fin du conflit avec l’Iran2. Cela rappelle une fois de plus que les marchés progressent souvent alors même que le monde reste angoissé par l’actualité. La peur de rater une occasion ne consiste pas à ignorer le risque. Il s’agit de reconnaître à quel point il peut en coûter d’attendre de la clarté qui pourrait ne jamais arriver.
Il peut s’agir d’un biais de confirmation, mais…
… historiquement, les marchés ont eu tendance à bien se comporter dans les 12 mois suivant le déclenchement d’un conflit géopolitique, à condition que l’économie soit solide au préalable3. Les exceptions notables sont la guerre du Kippour en 1973 et la guerre entre la Russie et l’Ukraine en 2022, périodes durant lesquelles les marchés des actions ont été en difficulté pendant l’année qui a suivi, alors que l’inflation dépassait déjà 7 % avant les conflits4.
Le conflit au Moyen-Orient a débuté alors que l’économie mondiale continuait de croître5 et que les anticipations d’inflation restaient globalement maîtrisées6. Dans ce contexte, l’histoire suggère un potentiel de progression des marchés boursiers un an après le début de la guerre en Iran.
On a dit
« Conformément au cessez-le-feu au Liban, le passage de tous les navires commerciaux par le détroit d’Ormuz est entièrement ouvert pour la durée restante du cessez-le-feu. »
– Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères de l’Iran, le 17 avril 2026
Eh bien, cela n’a pas duré longtemps. Même si, après réflexion, le détroit d’Ormuz pourrait être rouvert d’ici la publication de cet article. Je ne chercherai pas à en anticiper le moment, et les investisseurs ne devraient pas non plus tenter de le faire.
Le ministre iranien des Affaires étrangères a fait une annonce que beaucoup espéraient et que, franchement, les marchés semblaient déjà avoir prévue. Même si cette situation n’a pas duré, les marchés avaient déjà réagi en amont de la déclaration. Les prix du pétrole reculaient7 et les marchés boursiers progressaient8, signalant que les investisseurs anticipaient une désescalade. Cette confirmation a contribué à prolonger la solide progression des marchés boursiers mondiaux observée depuis la fin de mars9.
Même si l’issue demeure incertaine, cela rappelle que les marchés ont tendance à anticiper les résultats futurs plutôt qu’à attendre des annonces officielles. Lorsque les risques se dissipent enfin, les cours se sont souvent déjà ajustés. Les marchés sont généralement prospectifs et probabilistes, plutôt que réactifs ou guidés par les émotions.
Un avis externe
Les manchettes négatives relatives au crédit privé indiquent-elles un problème fondamental de crédit, ou masquent-elles une réalité bien différente sous la surface? J’ai communiqué avec Scott Baskind, chef des placements de la plateforme des titres de créance privés mondiaux d’Invesco. Voici sa réponse :
« Une grande partie des préoccupations récentes entourant le crédit privé découle de quelques défauts très médiatisés et d’une couverture médiatique accrue qui ont eu tendance à généraliser les problèmes à l’ensemble de la catégorie d’actifs. Cela a contribué à brouiller la différence entre le risque de crédit et la dynamique de liquidité. Dans l’ensemble, les fondamentaux des obligations de sociétés demeurent solides. Les revenus et les bénéfices se maintiennent dans la majeure partie du marché, même si certains secteurs, comme celui des logiciels, connaissent des transformations plus rapides sous l’effet de l’intelligence artificielle et de pressions macroéconomiques plus larges10. Fait important, bien que très visible, l’exposition au secteur des logiciels représente environ 20 % du marché global du crédit privé et se concentre dans un nombre limité de fonds11 . Le crédit privé demeure diversifié et axé sur des secteurs plus matures et plus défensifs. Le contexte actuel a créé un ensemble d’occasions en « haltère », combinant des conditions d’octroi intéressantes sur les titres de créance de grande qualité et des placements opportunistes sélectifs où le capital et la liquidité sont recherchés. Cette période reflète des tensions normales de marché plutôt qu’un dysfonctionnement systémique, et, à mon avis, les perspectives à long terme demeurent solides. »
Puisque vous avez posé la question
Q. : Avez-vous des préoccupations quant au remplacement de Jerome Powell par Kevin Warsh à la présidence de la Réserve fédérale (la Fed)?
R. : Je ne dirais pas qu’il s’agit d’un risque élevé de perturbation au sein de la Fed, et les marchés semblent être d’accord. Bien que le président Donald Trump ait ravivé les pressions rhétoriques et juridiques à l’égard de M. Powell, les investisseurs semblent largement écarter ces menaces, estimant que l’administration ne dispose pas de l’autorité légale nécessaire pour le démettre de ses fonctions à la Fed. Cette analyse paraît globalement fondée.
L’enjeu le plus intéressant n’est pas tant le maintien de M. Powell à titre de gouverneur de la Fed, une fonction que les tribunaux protégeraient presque certainement, mais plutôt la possibilité que M. Trump conteste avec succès l’intention de M. Powell d’assurer l’intérim à la tête du Conseil des gouverneurs et du Federal Open Market Committee (FOMC), si M. Warsh n’est pas confirmé avant l’expiration du mandat de M. Powell, le 15 mai. Même dans ce scénario, le potentiel de perturbation semble limité. Si M. Powell n’était pas autorisé à assumer ce rôle intérimaire, ces responsabilités seraient vraisemblablement transférées sans heurt à John Williams au FOMC de la Réserve fédérale de New York.
Penser et repenser
Pensez à ce qui suit : Le marché boursier américain semble fortement surévalué.
Repensez : Le ratio cours/bénéfice prévisionnel de l’indice S&P 500 s’établit à 20,3, soit légèrement au-dessus de la moyenne de 18,912 des dix dernières années.
Sur la route
Mes déplacements m’ont mené à Indianapolis pour le Final Four de la NCAA. Le fait que mon université ait remporté le championnat national masculin a été une heureuse coïncidence. La véritable raison de ma présence était de visiter le siège de la NCAA afin de donner une conférence sur la littératie financière à 300 étudiants-athlètes, une expérience d’autant plus marquante qu’elle comprenait une entrevue avec Jay Williams. (Ce partisan des Wolverines sait reconnaître l’excellence, même lorsqu’elle vient de Duke.) J’ai également partagé la scène avec Wale Ogunleye, des Chicago Bears et des Miami Dolphins, ainsi qu’avec Mario Morris, champion national jouant avec l’équipe de football de l’Université de l’Alabama en 1992. Lors de ma présentation, j’ai plaisanté en disant que le public devait être surpris de voir arriver un représentant d’Invesco plutôt qu’un joueur professionnel de football, ce qui a bien fait rire l’auditoire.
J’ai rappelé mes principes habituels en matière de littératie financière : chaque dépense comporte un coût d’opportunité, les petits coûts s’accumulent avec le temps, il est essentiel d’épargner et d’investir, et l’argent a une valeur temporelle; il faut donc lui laisser le temps de fructifier.