En 1970, Edwin Starr a fait paraître « War (What Is It Good For?) », célèbre chanson contre la guerre surtout connue pour la phrase « Absolutely nothing » (« absolument rien »). Je laisse les débats de politique étrangère aux dirigeants politiques et aux électeurs. Mais, à titre de stratège des marchés, cette chanson me vient à l’esprit parce que de nombreux investisseurs ont tendance, en périodes d’incertitude, à se demander uniquement si les manchettes du jour (ou de l’heure) sont « bonnes » ou « mauvaises », qu’il s’agisse de guerre, de droits de douane ou de faillites bancaires. Ce faisant, ils risquent de perdre de vue ce qui compte en définitive le plus pour les résultats à long terme : Les entreprises produisent-elles des résultats, et les bénéfices progressent-ils?
Lorsque la guerre en Iran a éclaté il y a deux mois, de nombreux investisseurs ont abandonné leurs perspectives autrefois favorables à l’égard des marchés : Selon le sondage de l’American Association of Individual Investors, l’écart entre investisseurs haussiers et baissiers est passé de +15 au début de l’année à -21 le 20 mars.1 Pourtant, avril s’est révélé le meilleur mois d’une progression boursière qui dure depuis plus de cinq ans, l’indice S&P 500 ayant progressé de 10,49 %.2 Cette dynamique a caractérisé toute cette période pour les actions : une montée régulière accompagnée d’un doute persistant.
Ces dernières années, les investisseurs ont dû évaluer si certains événements allaient freiner la progression du marché. En 2022, il s’agissait de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. En 2023, la faillite de Silicon Valley Bank a suscité des craintes d’une crise financière plus généralisée. En 2025, les droits de douane ont dominé les manchettes et soulevé des inquiétudes au sujet de la croissance et de l’inflation. En 2026, la guerre en Iran est devenue le principal foyer d’inquiétude. Et pourtant, nous y voilà encore. Le marché boursier américain a clôturé le mois à des sommets records3, tandis que les écarts de crédit sont demeurés près de niveaux historiquement serrés.4
Qu’est-ce qui compte le plus pour les résultats à long terme?
Le point commun de ces épisodes n’est pas que les risques étaient imaginaires. Chacun était réel et, à l’époque, important. L’erreur que de nombreux investisseurs ont peut-être commise consistait à laisser ces risques devenir l’angle principal sous lequel ils analysaient les marchés. Ce faisant, ils ont peut-être perdu de vue ce qui compte en définitive le plus pour les rendements à long terme. Les entreprises produisent-elles des résultats, et les bénéfices progressent-ils?
Prenons, à titre d’exemple récent, l’attention portée au détroit d’Ormuz. Il est tout à fait raisonnable de s’inquiéter de perturbations de l’approvisionnement énergétique mondial. Les cours du pétrole peuvent grimper rapidement. Les anticipations d’inflation peuvent se désancrer. Les banques centrales peuvent être contraintes de réévaluer le rythme et l’orientation de leur politique monétaire. De quoi alimenter des manchettes accrocheuses et des débats sans fin. Mais, au bout du compte, les marchés représentent généralement des droits sur des flux de trésorerie futurs. La question essentielle est de savoir si les sociétés génèrent du chiffre d’affaires, protègent leurs marges bénéficiaires et allouent efficacement leur capital.
La saison des résultats illustre la résilience des sociétés
Ce qui ressort à maintes reprises, c’est la résilience des sociétés américaines. Cette résilience n’a rien d’un hasard. La saison des résultats de la semaine dernière l’a bien montré. Environ 80 % des sociétés ayant publié leurs résultats ont dépassé les attentes.5 La croissance des bénéfices de l’indice S&P 500 dépasse de 15 % à 16 % son niveau de l’an dernier.6 Les marges bénéficiaires des sociétés se situent près de sommets records, reflétant une demande résiliente et un levier d’exploitation favorable.7 Ce ne sont pas là les indicateurs d’une économie ou d’un secteur des entreprises au bord de la rupture. Ils semblent plutôt caractériser des entreprises qui continuent d’obtenir des résultats malgré un contexte incertain.
Au fil du temps, les marchés ont eu tendance à suivre les bénéfices.8 Lorsque les bénéfices augmentent, les cours boursiers progressent généralement eux aussi. Lorsque les bénéfices font preuve de résilience, les valorisations peuvent demeurer élevées sans nécessairement devenir instables. Les investisseurs ayant adopté un positionnement défensif en se fondant uniquement sur des craintes macroéconomiques se sont souvent retrouvés sous-exposés à cette réalité.
Garder du recul face aux risques
À l’avenir, il est raisonnable de s’attendre à ce que le contexte géopolitique demeure agité. Les risques disparaissent rarement complètement. Ils évoluent et se succèdent. D’ici un an, j’ai le sentiment que le pire de la guerre en Iran sera derrière nous, tandis que les entreprises qui composent le marché seront encore en mesure de générer de la croissance. Précisons qu’il ne s’agit pas d’une hypothèse formulée à l’aveugle. Elle cadre dans l’ensemble avec les indications que les sociétés fournissent elles-mêmes.
Pour les investisseurs, la leçon à retenir n’est pas d’ignorer les risques ni de rejeter d’emblée les manchettes. Elle consiste plutôt à garder du recul. Passer des heures plongé dans le cycle d’information en continu peut fausser les priorités et amplifier la peur. Prendre quelques minutes pour écouter les conférences téléphoniques sur les résultats et consulter les indications des sociétés peut aider à mieux comprendre la direction que pourraient prendre les marchés.
Les progressions boursières remarquables ont rarement été alimentées par l’absence de problèmes. Elles ont été portées par la capacité des entreprises à produire des résultats malgré ces problèmes. Ce cycle ne fait pas exception.