Marchés et économie

Trois points importants à retenir des audiences de Kevin Warsh pour la présidence de la Fed

Bâtiment de la Réserve fédérale des États-Unis

Points importants à retenir

1

Lors de son témoignage devant le Congrès la semaine dernière, Kevin Warsh, candidat au poste de président de la Réserve fédérale (Fed), a souligné l’importance de l’indépendance de la Fed.

2

Warsh a semblé ouvert à une interprétation plus nuancée de l’inflation dans un contexte marqué par des gains de productivité tirés par l’intelligence artificielle (IA), des droits de douane et des chocs liés au pétrole.

3

Warsh a indiqué qu’il souhaitait réduire la taille du bilan de la Fed, tout en précisant clairement qu’il ne s’agit pas d’une mesure qui peut ou devrait être mise en œuvre rapidement.

Cette semaine, je vais faire une brève pause dans mes commentaires sur le conflit avec l’Iran. Non pas parce qu’il manque d’importance, mais parce qu’il semble susciter un intérêt passager chez les marchés financiers. Les actions ont atteint des sommets historiques en milieu de semaine et ont clôturé la semaine près de ces niveaux.1 Les rendements obligataires sont généralement restés dans une fourchette étroite.2 Les écarts de taux ont à peine bougé.3 Le dollar américain s’est généralement affaibli en avril.4 En bref, les marchés semblaient croire que le pire du conflit était derrière nous et que les conditions s’amélioreraient avec le temps.

Par ailleurs, les données économiques ont fait preuve de résilience. Les données des indices mondiaux des directeurs d’achats (PMI) du secteur manufacturier, aux États-Unis et au Royaume-Uni, demeurent solides et compatibles avec une expansion.5 Les ventes au détail aux États-Unis ont réservé une surprise à la hausse,6 renforçant l’idée que le consommateur demeure actif malgré les prix élevés de l’essence.7 Si les marchés sont un mécanisme prospectif d’actualisation, ils semblent nous dire que la géopolitique n’est plus la variable dominante et que le contexte économique demeure viable.

Je veux plutôt me concentrer cette semaine sur quelque chose qui, à mon avis, aura beaucoup plus d’importance pour l’économie et les marchés américains à moyen et à long terme. Il s’agit de la transition à la direction de la Réserve fédérale (Fed). Le fait que Kevin Warsh se profile comme le prochain président de la Fed mérite d’être souligné à plusieurs égards. Voici les trois points importants que je retiens de son témoignage devant le Congrès la semaine dernière.

1. Importance de l’indépendance de la Fed 

L’indépendance de la Fed suscite des inquiétudes, tout comme la crainte que Warsh soit nommé à la Fed pour exécuter les volontés du président. Dans son témoignage, Warsh a souligné l’importance de l’indépendance de la Fed et a laissé entendre qu’il comptait prendre des décisions de politique monétaire sans provoquer inutilement l’administration.8

La question de savoir si cet équilibre peut être maintenu au fil du temps reste ouverte, mais pour l’instant, les investisseurs semblaient prêts à lui accorder le bénéfice du doute. Les prévisions inflationnistes à plus long terme aux États-Unis demeurent bien ancrées,9 ce qui donne à penser que les marchés ne tiennent pas compte actuellement de préoccupations liées à une ingérence politique dans la politique monétaire.

2. Interprétation plus nuancée de l’inflation

Le ton adopté par Warsh est de plus en plus conciliant par rapport à celui qu’il avait adopté lors de son premier passage à la Fed en tant que membre du Conseil des gouverneurs. À l’époque, il affichait (inexplicablement?) un ton plus ferme au lendemain de la crise financière mondiale. Ce qui m’a le plus frappé lors des audiences de la semaine dernière, c’est son ouverture à une interprétation plus nuancée de l’inflation, particulièrement dans un contexte marqué par des gains de productivité tirés par l’intelligence artificielle (IA), des droits de douane et des chocs liés au pétrole.

Le soutien de Warsh à des mesures de l’inflation comme l’inflation médiane, qui se concentre sur l’observation centrale, et l’inflation moyenne tronquée, qui exclut les mouvements extrêmes aux deux extrémités, peut donner à certains l’impression que les règles du jeu changent. Cependant, dans le contexte actuel, elles sont probablement plus pertinentes, à mon avis. La Fed ne devrait pas déterminer sa politique monétaire en fonction de hausses temporaires des prix causées par des droits de douane, une guerre ou des perturbations de l’approvisionnement. Ces mesures de rechange sont explicitement conçues pour faire abstraction de ces chocs et mieux saisir les tendances sous-jacentes de l’inflation.

En pratique, cela pourrait ne pas représenter une rupture spectaculaire par rapport à la façon dont le président Powell a abordé les droits de douane et les risques géopolitiques, mais Warsh a semblé plus disposé à officialiser ce cadre en élargissant l’ensemble des indicateurs d’inflation auxquels les décideurs accordent de l’importance.

3. Réduire lentement la taille du bilan de la Fed

La politique relative au bilan est le domaine où il a d’abord affiché un ton plus ferme, mais il y a une nuance importante. Warsh s’est dit souhaité réduire la taille du bilan de la Fed, tout en précisant clairement qu’il ne s’agit pas d’une mesure qui peut ou devrait être mise en œuvre rapidement. Il a reconnu qu’il a fallu des décennies pour constituer le bilan et que sa réduction nécessitera du temps, de la patience et de la prudence.

Fait tout aussi important, toute modification de la politique relative au bilan nécessitera un consensus au sein du Federal Open Market Committee (FOMC), ce qui renforce l’idée qu’il s’agirait d’un processus réfléchi et collectif plutôt que d’un virage unilatéral de politique.

En résumé :

J’ai entendu un discours globalement conciliant, pragmatique et respectueux de l’indépendance institutionnelle. Les marchés semblaient généralement du même avis. Je considère que cette combinaison est favorable aux actions, et cela renforce ma propension de longue date à ne pas aller à l’encontre de la Fed.

Ce qu’il faut surveiller cette semaine

Date

Région

Événement

Pourquoi est-ce important?

27 avril

États-Unis

Sondage de la Réserve fédérale du Texas sur les perspectives du secteur manufacturier (avril)

Aperçu régional de l’activité manufacturière, des prix et des conditions du marché du travail avant la publication de l’indice du secteur manufacturier de l’Institute of Supply Management (ISM)

28 avril

Japon

Décision de politique monétaire et indications prospectives de la Banque du Japon

Les signaux de politique monétaire peuvent faire fluctuer le yen, les taux mondiaux et le sentiment à l’égard du risque, en particulier lorsqu’ils portent sur l’inflation et la courbe des taux

 

États-Unis

Confiance des consommateurs selon le Conference Board (avril)

Signal à haute fréquence sur l’appétit des ménages pour les dépenses et leurs perceptions du marché du travail

 

États-Unis

Indice S&P CoreLogic Case-Shiller Home Price (févr.)

Mesure l’inflation du marché de l’habitation et les effets de richesse; éclaire les perspectives sur les coûts du logement et les conditions financières

29 avril

États-Unis

Décision du Federal Open Market Committee (FOMC) relative au taux directeur et conférence de presse du président

Définit la trajectoire des taux américains et des actifs risqués; les indications prospectives orientent les attentes à l’égard des baisses ou des hausses de taux et de la politique relative au bilan

 

Canada

Décision de la Banque du Canada relative au taux directeur

Principal moteur des taux canadiens et du dollar canadien; les prévisions mises à jour façonnent les attentes en matière d’inflation et de croissance

29 avril

Allemagne

Indice des prix à la consommation (IPC) (données préliminaires d’avril)

Donnée importante pour les attentes d’inflation de la zone euro avant l’estimation rapide de l’IPC de la zone euro

 

États-Unis

Produit intérieur brut (PIB) (T1, estimation)

Mesure générale de la dynamique de croissance aux États-Unis; influence les attentes en matière de bénéfices et les perspectives de politique monétaire de la Fed

 

États-Unis

Revenu personnel et dépenses; inflation des dépenses personnelles de consommation (DPC) (mars)

Indicateur d’inflation privilégié de la Fed et mesure de la demande des consommateurs au moyen des dépenses et des revenus réels

 

États-Unis

Indice des coûts d’emploi (T1)

Indicateur clé de l’inflation des salaires et de la rémunération, suivi par la Fed pour évaluer la persistance de l’inflation dans les services

30 avril

Zone euro

Produit intérieur brut (PIB) (T1, estimation rapide) et indice des prix à la consommation (IPC) (avr., estimation rapide)

Oriente le débat de la Banque centrale européenne (BCE) sur la politique monétaire : résilience de la croissance ou progrès de la désinflation; peut faire fluctuer l’euro et les rendements des obligations d’État

 

Zone euro

Décision de politique monétaire et indications prospectives de la BCE

Définit la trajectoire des taux de la zone euro et l’orientation du bilan; principal moteur de l’euro et des conditions financières en Europe

 

Royaume-Uni

Décision de politique monétaire et indications prospectives de la Banque d’Angleterre

Influe sur la livre sterling, les obligations d’État britanniques et les conditions financières au Royaume-Uni; signale le rythme de l’assouplissement ou du resserrement par rapport à l’inflation

 

Chine

Indice des directeurs d’achats (PMI) du National Bureau of Statistics (NBS) (avril)

Aperçu préliminaire de la dynamique des secteurs manufacturier et des services en Chine; peut faire fluctuer les produits de base, les actifs des marchés émergents (ME) et le sentiment à l’égard du risque en Asie

 

Canada

Produit intérieur brut (PIB) (févr.)

Indicateur clé de la croissance mensuelle; éclaire les perspectives de la Banque du Canada et le débat sur une récession ou un atterrissage en douceur à court terme

1er mai

États-Unis

Indice ISM des directeurs d’achats du secteur manufacturier (PMI) (avril)

Aperçu de l’activité manufacturière, des prix et des commandes susceptible de faire fluctuer les marchés; aide à évaluer l’équilibre entre la croissance et l’inflation après les annonces de la Réserve fédérale et la publication des données sur le PIB et les DPC

 

Europe/Japon/Chine

Jours fériés de la fête du Travail (bourses sélectionnées)

Une liquidité réduite peut amplifier les mouvements de prix et élargir les écarts acheteur-vendeur; élément important pour l’exécution et la gestion des risques

  • 1

    Source : Bloomberg L.P., 23 avril 2026, selon la clôture de l’indice S&P 500 le 22 avril 2026.

  • 2

    Source : Bloomberg L.P., 23 avril 2026, selon le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans, qui a atteint un sommet depuis le début de l’année 2026 le 27 mars et qui se négocie depuis entre 4,25 % et 4,35 %.

  • 3

    Source : Bloomberg L.P., 22 avril 2026, selon l’écart ajusté en fonction des options de l’indice Bloomberg US Corporate Bond, qui a commencé l’année à 0,78 % et a clôturé à 0,77 % le 22 avril.

  • 4

    Source : Bloomberg L.P., 23 avril 2026, selon l’indice du dollar américain, qui mesure la valeur du dollar américain par rapport à un panier de devises pondérées en fonction des échanges. Il s’est apprécié de 0,43 % depuis le début de l’année, mais a reculé de 1,22 % depuis la fin du mois de mars.

  • 5

    Source : S&P Global et Institute for Supply Management, 31 mars 2026

  • 6

    Source : US Census Bureau, 31 mars 2026.

  • 7

    Source : American Automobile Association, 23 avril 2026, selon le prix moyen national quotidien de l’essence ordinaire sans plomb.

  • 8

    Source : The Wall Street Journal, « Warsh Pledges Independence at Fed Hearing », 21 avril 2026.

  • 9

    Source : Bloomberg L.P., 22 avril 2026, selon le taux d’inflation neutre des obligations du Trésor américain à 5 ans. Un taux d’inflation neutre est une estimation de l’inflation future fondée sur le marché, calculée en comparant le taux d’une obligation d’État standard (nominal) au taux d’une obligation du Trésor indexée sur l’inflation (TIPS) de la même échéance.