La vie comporte un certain degré de dissonance cognitive. C’est le sentiment d’inconfort que l’on ressent lorsqu’on nourrit simultanément deux convictions contradictoires, et la manière dont notre cerveau résout ce malaise en rationalisant notre comportement.
J’ai écrit cela un jour avant mon 50e anniversaire, une étape importante qui me permet de justifier un comportement qui entre en conflit avec ce que je sais être la vérité.
Croyance A : L’alcool est mauvais pour la santé.
Croyance B : Je vais boire de l’alcool lors de mon anniversaire.
La justification est simple. Ce n’est que pour une soirée. Ce qui compte le plus pour ma santé à long terme, ce sont les décisions prises sur des décennies, pas celles d’une seule soirée.
Les placements présentent des tensions semblables, mais avec des enjeux bien plus importants.
Croyance A : Essayer d’anticiper l’évolution du marché nuit à la santé de mes placements.
Croyance B : Réduire mon exposition jusqu’à ce que les risques s’atténuent augmentera mon sentiment de sécurité.
La justification à laquelle aboutissent souvent de nombreux investisseurs repose sur la confiance en leur propre intuition. « Je saurai quand revenir. Je vais reconnaître le signal. J’éviterai le pire de la baisse tout en profitant pleinement de la reprise. »
La différence entre ces deux exemples est frappante. Dans le premier cas, je risque de me réveiller fatigué et déshydraté. Dans le second, les investisseurs risquent d’éroder de manière permanente le rendement de mes placements à long terme. Le coût de la résolution de cet inconfort est bien plus élevé.
Fluctuations des marchés dans un monde incertain
Les marchés récompensent rarement ceux qui attendent d’avoir des certitudes. Lorsque les risques semblent s’être dissipés, les cours se sont souvent déjà ajustés. Dans l’ensemble, les marchés sont prospectifs et probabilistes contrairement aux marchés réactifs et émotionnels.
Les événements récents en sont un exemple évident. Malgré le risque géopolitique élevé, les marchés se sont comportés comme si le scénario le plus pessimiste était peu probable. L’indice S&P 500 a atteint son plus bas le 30 mars après une baisse de « seulement » 9,01 % entre son pic et son creux1. Les marchés semblaient faire abstraction du conflit au Moyen-Orient, anticipant une durée relativement courte et des répercussions économiques limitées.
Ainsi, lorsque l’Iran a annoncé vendredi que le détroit d’Ormuz resterait ouvert pendant le cessez-le-feu, cela a été perçu comme une confirmation plutôt que comme une surprise2. Les cours du pétrole, qui étaient principalement en baisse depuis la fin mars, ont chuté3. L’indice S&P 500, qui avait progressé pendant la majeure partie du mois, a clôturé à un niveau record4. Les actions des petites capitalisations et des marchés émergents ont prolongé les gains amorcés à la mi-mars5. Les écarts de taux se sont encore resserrés et sont désormais inférieurs à leur niveau d’avant le début du conflit6.
Prospectif par rapport à réactif
Il est important de distinguer le fait que les marchés sont, pour l’essentiel, prospectifs et fondés sur des probabilités, plutôt que réactifs et guidés par les émotions. Rester en retrait en attendant l’annonce de vendredi concernant l’ouverture du détroit d’Ormuz n’a probablement pas été payant. De nombreuses évolutions positives des cours ont précédé la bonne nouvelle et se sont poursuivies vendredi, avant que les investisseurs prudents n’aient pu y réagir. Les événements de la fin de semaine ont entraîné la fermeture du détroit, mais le constat reste le même. Même si cela peut entraîner une volatilité à court terme, le marché pourrait continuer à évoluer comme si un accord négocié était imminent.
Il est important de noter que de nombreux facteurs fondamentaux semblent renforcer cette résilience du marché. Les résultats des entreprises ont bien démarré, en particulier chez les grandes banques⁷. Le nombre de demandes d’assurance-chômage est resté faible⁸. Les enquêtes régionales auprès des directeurs d’achat affichent une tendance à la hausse, ce qui laisse entrevoir un regain de dynamisme dans le secteur manufacturier⁹. La croissance au Royaume-Uni a dépassé les attentes¹⁰. La croissance en Chine s’est également révélée supérieure aux prévisions les plus pessimistes¹¹.
De nombreux investisseurs ont tendance à conserver leurs placements parce qu’ils acceptent la dissonance cognitive comme faisant partie du processus. Ils reconnaissent que leur horizon de placement est plus long que la durée de vie d’un conflit particulier. Ils raisonnent en termes de probabilités plutôt que de certitudes. Tout comme les décisions de la vie, les décisions de placement s’évaluent mieux sur des décennies, et non sur quelques nuits.